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PUBLICATIONS LXXI

Poèmes

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JEAN-MICHEL TARTAYRE

 

 

 

 

LES POÈMES D’ART JUNGLE

Jour de houle

 

 

 

 

Poésie

 

 

 

 

 

 

 

                                           Oh ! combien de marins, combien de capitaines
                                           Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
                                           Dans ce morne horizon se sont évanouis !

                                                                Victor Hugo,  « Oceano nox », 1840.

 

I

 

Une marche, partant d’un projet établi en amont sur documents indiscutables qui fixèrent le programme et le port. Je me trouve de fait aux commandes d’une solide formule que les flots accompagnent ou réfrènent. Les essuie-glaces fonctionnent sur le mode du rythme accéléré afin qu’à travers la vitre je puisse voir la bouée prochaine, anticiper son passage et la courbe suffisante dans le cadre de la trajectoire idéale qui s’affiche sur l’écran numérique du tableau de bord. Je vais vite. « 160 MPH, Jungle ! », m’avertit l’homme-radio. Les écouteurs de mon casque intégral portent la voix juste, qui m’instruit ou me situe au mieux sur le parcours. Nous sommes pierres roulant sur l’eau et, à ce titre, malgré la houle qui sévit, demeurant imperturbables par devoir. De nombreux tours en perspective se profilent et font partie intégrante de mes instants de conduite. Je réalise une performance simplement, tout à la complexité du circuit, sûr de ma concentration. Le cockpit est mon abri, le lieu éclairant de ma vision. Hautes les vagues au degré optimal me saluent dirait-on. Je passe. Il nous arrive même la machine et moi de voler, par la raison que la force des vents et la puissance des moteurs s’entendent, comme s’accordant sur le principe d’une chorégraphie considérable qui souvent m’évoque les fulgurances de l’aigle pêcheur. Je relève ainsi de l’envolée mécanique que les circonstances proposent parfois. Nous dépendons du climat. La météorologie nous l’annonça ce jour, qui aviva notre sentiment de bravoure les concurrents et moi. Certes la trajectoire nous est loisible et difficile à maintenir parmi de pareils tumultes, néanmoins nous sommes toutes et tous partis avec l’idée d’en connaître le terme. L’élan me ravit dans ses aspects de mouvement collectif, ordonné ad hoc, d’harmonies naturelles des vents côtoyant les lacs et les mers, des vagues s’élevant vers le ciel, de la vitesse des hors-bords atteignant le seuil de l’immobilité. Nous vivons l’essor soutenu de la coque au-dessus de la surface mobile avec la flexibilité du roseau.

 

 

 

II

 

Le bateau file à vive allure. Je suis engagé dans une voie conforme au programme établi par les commissaires de course. On me signifia la trajectoire idéale malgré la houle. D’une bouée à l’autre, mes passages sont contrôlés comme je contrôle toute émotion latente. En effet, ce jour la houle se vérifie sur la surface du lac jouxtant le rivage de l’Atlantique, derrière la dune. Les sponsors nous réunirent pour le briefing avant le départ : « Il y aura de forts coups de vent. » Carte à l’appui, le commissaire sollicité nous montra les zones en question. « Il demeure impérieux de ralentir jusqu’à 80 MPH. Voyez, ici et là. », confirma-t-il. Les lignes droites proposées sont au nombre de cinq. Au reste, le circuit est significatif de maintes sinuosités. Voici, par exemple, j’aborde telle chicane : « 80 MPH, Lieutenant ! Bâbord, tribord, Tribord 20° Nord, bâbord très serré 85° Ouest … Bien, on réaccélère. » Je me fie à la voix de l’homme-radio. Ce dernier me suit sur son P.C. depuis le stand. Les vagues ne s’amollissent pas ; bien au contraire, au fil des tours j’ai le sentiment de progresser sur une surface en béton au relief parfois irrégulier, tempétueux. Mais c’est la réalité. Je double à la corde par le fait d’une entrée dans tel virage à vitesse maximale prolongée durant l’intervalle d’une seconde, réduite aussitôt après et nous installant, la formule et moi, sur le seuil imposé. Je ne réfléchis pas, d'accord avec notre instructeur, non j’obéis à ma condition de pilote, mobilisant les sens au service des normes propres à l’économie optimale de la machine où mon Régiment investit. Je suis aux ordres de ma hiérarchie et du potentiel de la formule. « Vous vous alignez au départ, Jungle, parce que nous vous faisons confiance. », me disait la veille le Commandant O. Je pilote par nature, de la même façon que j’existe, par nature. En l’occurrence, je m’adapte à la houle et aux conditions de course nouvelles dont ce jour est porteur. Je dispose de la pluie et des vents avec sérénité. Je dépends de l’ordre de Raison. La Justice m’institua à bord de la formule ; mes sœurs et frères d’armes la soutiennent et l’expriment de plano : « Jour de houle, Jungle. On saura être vigilant non moins qu’inspiré. »

III

 

Je propose des lignes idéales malgré les vents et la pluie. Le parcours m’est un appui indéniable dans le cadre de la performance que j’entends réaliser à bord. Seul face à l’élément, je disparais et le sers plutôt pour mon bien, à la faveur de la confiance que l’on m’accorda. J’œuvre pour Nous, l’esprit d’équipe qui m’accompagne, m’enthousiasme et me dispense de tout effort inutile. Le programme, dont les données s’affichent sur l’écran numérique, m’offre des marges de manœuvre car ordre me fut intimé d’optimiser la marche du bateau. Je puis allier vitesse et précision sans inquiétude et dans les limites dues, relatives à telle période de la trajectoire. Ainsi le laps de la chicane à l’égard de quoi je me dois de demeurer prudent, par la raison que sa durée optimale nécessite une prise en compte sérieuse du facteur vent et la rétrogradation de deux vitesses. « 85 MPH, Jungle. Essayez de descendre à 80. » J’adopte naturellement le conseil de l’homme-radio, la séquence des difficultés devient dès lors enchaînement de virages contrôlés selon la trajectoire prévue. Telle période du parcours peut s’avérer, d’après cet exemple-là, une contrainte majeure dans la mesure où la houle y est plus redoutable. Le vent peut en effet surprendre, qu’il soit arrière ou contre. De nos catamarans la puissance doit rester constante, en fonction du tracé numérique que l’équipe ratifia, afin d’éviter l’écart impromptu. Je suis au fait des aléas, ma vigilance s’impose. Il est des rythmes nouveaux dont la fréquence répétitive s’entend par l’orchestration de la pluie et des vents, un ensemble aujourd’hui forçant le respect pour l’élément et la maîtrise de la barre. Le résultat dépendra des soins que nous prendrons, la concurrence et moi, à conserver la trajectoire et la formule. Oui, la formule peut nous porter vers le résultat inespéré. Notre force est notre union ordonnée par le parcours. La houle empêche ou non. Elle peut surtout être notre alliée, j’abonde dans ce sens. La houle sollicite au vrai une orchestration ce jour. La formule est la note, la surface du lac la partition. Je participe du ballet d’air et d’eau dont nos catamarans sont les signes. Parfois même les vagues ajoutent au relief, nuançant grâce à leurs chromatiques essors, ces impressions propres au paysage musical, la voie.

IV

 

J’atteins le je-ne-sais-quoi autour, cette sensation, autrement dit, où le bien-être a pris sa place attitrée et trône au-dessus du champ émotionnel. Je suis conduit. La plénitude me ravit. L’air et l’eau m’ont saisi. Je ne fais qu’un avec l’eau et l’air. La formule et moi, nous sommes l’âme de la trajectoire. Le regard posé contre la perspective, au fil des tours, mon champ de vision atteint la fixité du silex sur le tube que l’on décocha. Je ne pense qu’en actes. Nulle perturbation n’est possible. Le regard posé contre le compteur numérique, je constate les variables du facteur vitesse que j’adapte à maintes périodes du parcours. Non moins concentré sur la voix de l’homme-radio évaluant les données, je demeure sur le seuil de la perspective et file telle la flèche. L’euphorie et le désespoir me sont inconnus, car je m’inscris dans la constante de raison, sphère, s’il en est, n’autorisant pas qu’on franchisse ses limites stricto sensu. La sphère est aussi ce lac où l’on pensa la trajectoire et jamais je ne dévie. La trajectoire relève du plan d’eau sur quoi la formule évolue. La hiérarchie nous briefa autour de chaque période. « Toute période nécessite l’adéquation de telle vitesse. La vitesse impose le bon régime de la mécanique grâce à quoi peut se réaliser la formule. Nous pensâmes la formule d’accord avec l’idée du catamaran », nous dit-on, verbatim. Je dois me montrer respectueux du bureau d’étude et de la main-d’œuvre qui établirent la formule, par le fait du pilotage optimal. « Vous ne pourrez pas avancer avec justesse si vous manquez d’appétit, me disait en outre hier soir au mess le Capitaine B., tandis que nous dégustions la très savoureuse omelette aux épinards de la Brigade en compagnie de nos sœurs et frères d’armes, au terme de deux jours d’entraînement intensif. Votre assiette, s’il vous plaît, je vous ressers. Tenez … Oui, le Chef est généreux en tout point, n’ayant pas lésiné sur la saveur, ni sur l’agrément des fruits de la vigne, voyez plutôt ce Sauvignon. Montrez-vous généreux ainsi, demain, Lieutenant, dès l’entame. Gens de la chasse embarquée y participent. Nous vous faisons toutes et tous confiance ici. Je lève mon verre à votre course. Attendu que la houle s’invite dès ce soir sur notre région – il neige au Ponant ! – ;  attendu de surcroît que votre lutte contre l’élément convoque l’esprit de la soule, nous vous supporterons de facto, toutes et tous. À la faveur des Vertus, Jungle ! »

 

 

V

 

Les tours se succèdent, s’y mêlant la houle ajoute moins à la contrainte personnelle qu’à la gageure collective. Nous sommes, les concurrents et moi, engagés dans le pari de l’épreuve, certes difficile mais suscitant l’émulation. Je cours non pas contre la concurrence, je cours en faveur du bon sens, le regard posé droit devant. On m’appelle, j’engage. Je n’ai pas de passé. J’appartiens à l’instant perpétuel. De telle période propre au circuit et à la durée anticipant le passage, malgré la houle, je réalise la distance avec économie, ne craignant plus l’erreur de calcul et sûr de la formule à bord de quoi on me désigna. Ainsi de chaque période, dont la houle peut intensifier la difficulté par le relief qu’elle lui impose. Ainsi, le calcul avant le départ appartint au domaine des probabilités, sujet entre autres dont nous entretint le commissaire lors du briefing. Notre équipe régla la formule en conséquence. Le catamaran fut adapté à la houle dès l’annonce du bulletin météorologique, la veille. À l’issue dudit briefing, on procéda aux derniers réglages. La concurrence et moi étions fins prêts pour affronter les vents et la pluie à la surface du lac. Oui, l’air et l’eau nous mettaient au défi de franchir l’obstacle des vents et de la pluie. J’ai confiance en mon potentiel. J’ai confiance en la formule. Je dois ma course à mes sœurs et frères d’armes qui œuvrent pour le Bien. Je m’inscris dans une dynamique collective, par conséquent non houleuse, qui nous porte, le catamaran et moi, vers l’accomplissement de l’épreuve, compte tenu de la marge de progression qui s’affiche à rebours sur mon tableau de bord : « 5 tours », et de mon « appétit » aux commandes comme me le suggéra le Capitaine B. Où les résolutions s’opèrent, souvent à l’improviste, dans le cadre du continuum telle la page où s’opère l’écriture cursive. « On est dans le bon tempo, Lieutenant. », confirme l’homme-radio. La houle proposa le pari, nous l’acceptâmes.

VI

 

Je garde le contrôle de la machine qui me mène à une cadence soutenue, d’une bouée à l’autre. Tenant compte des contingences du jour animé par la houle. On nous prévint des difficultés, je n’ai aucune excuse à faire valoir au cas où je manquerais de vigilance. Il ne tient qu’à moi de satisfaire aux objectifs établis. Je suis engagé dans les limites de la trajectoire idéale et, pour cette raison, ne fais pas cas de moi-même. La bonne allure m’importe ainsi que le ménagement de la formule. Rien ne peut être éludé aux commandes, concentration est le maître-mot. Je ne veux ni ne peux berner personne, sans quoi la machine aurait tôt fait de répondre du délit. On me commit. Tout geste doit demeurer efficient, le regard toujours droit devant posé, dans ce cadre perfectionné où je me situe : le cockpit. La puissance des moteurs m’oblige à garder la mesure adéquate eu égard à la contingence. Il est vrai, le vent parfois souffle fort, il convient de ne pas manquer de prudence, savoir rétrograder par anticipation. Le cadre où j’évolue à la barre est une cabine lumineuse, j’en connais tous les signaux. Je surveille la moindre variable afin qu’elle se maintienne dans le juste intervalle, celui de la moyenne favorable au bon fonctionnement des moteurs. J’écoute avec attention les rythmes et leur harmonie, soucieux du continuum, en l’occurrence la compétition. J’écris sur l’eau. On me prévint : « Soyez vigilant. Proposez-nous une bonne interprétation du circuit houleux, Jungle. » Je respecte les lois du code dont le commissaire de course nous instruisit. J’agis en conscience. Je n’ai pas peur des lois, je les applique. J’écris sur l’eau. Les lois sont favorables. Ma trajectoire est un programme adapté aux lois de la course. Les lois sont adaptées aux contingences. La houle sévit ce jour. Ne pas se laisser emporter hors, s’adapter, conserver sa trajectoire. Je suis telle la houle. Le phénomène avive en effet ma vigilance au point que la formule et moi avons su établir un dialogue avec lui. Mes gestes s’harmonisent aux rythmes de la houle. Le catamaran propose une chorégraphie sur la scène du lac, ses partenaires sont l’air et l’eau. Nous écrivons ce jour, les concurrents et moi, notre page d’eau dédiée à la houle. « Aujourd’hui, nous sommes Houle. », conclut le commissaire.

 

 

 

VII

 

Elles administrent. Les Muses administrent. Aujourd’hui la houle est certainement un motif d’inspiration qui nous est proposé. Le Chœur orchestre. Le Chœur des Muses orchestre. Je vais avec le vent. Je vais contre le vent. « Vigilant non moins qu’inspiré. », telle est la devise de mes sœurs et frères d’armes. Leurs paroles me portent sur les flots. Le catamaran que l’on me confia est une sphère de données survolant le relief et dans les limites d’une durée adéquate au nombre de tours, trente. La houle ajoute à la nécessité de prévoir la contingence. J’évoque ici un essor d’ordre collectif qui nous engage les concurrents et moi. Nous nous entendons sur le champ, depuis les essais. Nous entendons le Chœur orchestrant des Muses qui nous inspire. Je respecte l’ordre de la course sans m’émouvoir de tel dépassement, à la corde ou sur la ligne droite, réalisé par la concurrence habile. C’est une sœur ou un frère d’armes qui me double dans tous les cas, et je constate que la personne est inspirée grâce à l’action du Chœur des Muses, qui m’oblige. La houle est à concevoir comme l’effet de l’orchestration divine. Le climat du jour fut décidé par nature, la houle est sa rythmique. On me désigna de fait à bord de la formule, je m’adapte. Les concurrents et moi proposons le ballet prévu, le ballet loyal, cette chorégraphie sur l’eau que fondent nos pilotages respectifs. Il s’ensuit les lignes et les chromatismes d’un tableau dont nous sommes à la fois auteurs et signes. Des caméras nous filment, embarquées ou depuis le rivage. Notre progression à la surface du lac est rapide, dans le respect du règlement imposé par les commissaires et peut nous apparaître, outre la vision picturale, comme l’écriture cursive d’une page où chaque autrice, chaque auteur, se montre respectueux de la consigne du sujet. Notre progression ne peut somme toute se faire en négligeant le cadre fixé par le commissaire lors du briefing d’après ces mots : « Considérez le concept de prudence, s’il vous plaît. Nous sollicitons votre bon sens d’administrés afin que chacune et chacun d’entre vous serve le cercle vertueux dont le parcours que la Fédération pensa s’avère le gage. » Non, je me dois de ne pas mépriser la houle, car j’ai conscience que la houle saura m’agrafer, ou l’excès en la matière, sous le regard des juges consignant, passible du discrédit.

 

 

VIII

 

Je n’ai aucune échéance en tête, mais pleinement à l’étude des forces optimales à saisir dans la perspective de réaliser la juste trajectoire, avec constance. Je ne me méfie pas de la houle, au fil des tours elle me prévient avec sévérité de tel rythme à conserver ou à modifier selon l’attaque qu’elle entend conduire : ce peut être un fort vent contraire par exemple, ou bien une vague plus élevée que les autres venant heurter la coque. Je ne me méfie pas de la houle, elle est ma partenaire au cours de cette danse singulière à laquelle elle nous engagea toutes et tous. Seul le paysage m’importe, il informe mes sens de la posture à adopter face au danger que représente le moindre écart de trajectoire. « Attention, chicane ! », s’exclame l’homme-radio. Je ralentis en vérifiant les données de l’anémomètre : Force 2, 45° Ouest. Le lac est un champ de forces parmi lesquelles nous disposons nos propres vecteurs, la concurrence et moi. La formule est ce vecteur force ajoutant à la complexité du dessin sur la page dont la surface du lac est représentative. Nous participons ainsi de la structure sphérique d’un parcours peu ordinaire, étant donné que l’air et l’eau demeurent matière unie où s’exerce l’ensemble de ces dynamiques, autant de variables à conscientiser. La houle me renvoie à l’idée de la pelote de laine dont les multiples positions du fil seraient significatives desdites variables. Je suis tranquille néanmoins à bord de la formule et me fie à ma volonté. Il en résulte la vision claire de l’ordre des choses, au-delà de la contingence houleuse. Je passe. Je suis conditionné par le phénomène de l’interaction. Je dépasse. « C’est bien, Lieutenant. Très bon tempo. », affirme l’homme-radio. La formule m’emporte en toute légalité, la formule me porte vers la victoire la plus décisive qui soit, la victoire contre moi-même. Et la houle m’est un support d’écriture sur l’eau, comme elle l’est pour l’ensemble de mes sœurs et frères d’armes naviguant, pilotant aujourd’hui. La houle nous oblige en effet. Elle est la constante rythmique autour de quoi nous proposons nos variations. La houle est le leitmotiv. Elle surprend, elle rassure. Ordre de Nature, la houle est figure authentique.

IX

 

Des rythmes me transportent. Je n’ai de cesse de les parcourir en me tenant sur le seuil de leur orchestration. Aux commandes du catamaran qui file dans les limites de la trajectoire prescrite, je pratique le silence propre à la concentration et ne me navre pas de l’enjeu ; au contraire, pris de ravissement par les variations dont la houle s’avère dynamique nécessaire, je ne connais que le plaisir de la perspective qui me mène vers l’accomplissement du nombre de tours imposé. Aussi, participé-je de l’aventure idéale contre moi-même, par la raison que je suis un compétiteur, autrement dit personne consciente tenue par l’enjeu. Quel enjeu ? Celui de la course, soit d’y satisfaire au mieux compte tenu du facteur non négligeable de la contingence. En effet, vent et pluie demeurent les adjuvants de la houle, ce pourquoi l’enjeu reste difficile ; il ne tient qu’à moi néanmoins de le comprendre et de me laisser porter. Aucune inquiétude ne doit heurter contre soi, c’est-à-dire contre mon aptitude à piloter la formule par temps de houle. Mon seul reflet est le paysage perçu à travers la vitre de mon habitacle, entre deux passages du balai essuie-glace. Je ne relève que des rythmes complexes de l’air et de l’eau et aucun mot si ce n’est, toujours à temps, le conseil de l’homme-radio ; en dehors de quoi le silence est la réalité, car l’intérieur du cockpit sous mon casque se définit d’abord comme structure à la fois visuelle et tactile. De fait, la formule est cadre doublement sensationnel étant donné que mon pilotage se résout grâce à ma capacité à veiller et à manœuvrer. Aujourd’hui, la houle sollicitant mes sens au degré de la constante maximale, la vue, le toucher, sont placés au premier rang de mon seuil de vigilance, naturellement, sans me contraindre, lequel seuil de vigilance est au vrai le modérateur favorable à ma forme mentale et physique. Oui, je me sens bien. La force du vent et de la pluie se transmue par conséquent en partenaire de mon aventure à la surface. Elle me maintient dans notre échange interactif. Le catamaran est formule adéquate à la résolution des variables proposées par les éléments. Je connais la puissance considérable de sa dynamique et l’applique, ici, au cours de notre confrontation avec la houle.

 

 

X

 

Je prends la mesure des forces que la houle entretient et oppose sur le mode d’une rythmique riche, continue. « Ce sera l’épopée d’un jour, Lieutenant, me disait encore hier soir au mess le Capitaine B. Il est bon de s’adapter aux circonstances en pareil cas. Proposez les variations qui vont avec la trame houleuse ; j’entends par ce terme l’ensemble des péripéties que vous aurez à affronter. Vous maîtrisez la formule dans le respect des limites légales dont le Commissaire N., ici présent, vient de nous instruire, je le sais. Ayez confiance en vous, disposez de la surface du lac avec intelligence ; je veux dire sans vous contraindre, bien plutôt en nous suggérant une belle page. Vous pilotez habilement. Offrez-nous des arabesques, Jungle, l’essai et le but. Je vous ai vu à l’entraînement, je vous ai vu répéter. Vous tenez votre place, dixit mon épouse. Votre bravoure n’aura d’égal que votre volonté d’harmoniser la vitesse du hors-bord au relief instable et souvent contraire au maintien de la trajectoire idéale. Ne relâchez jamais l’attention. Vous êtes instruit. Habemus. »  Le Capitaine B. est sincère. Je m’applique à satisfaire l’opinion qu’il a de ma conduite sur l’eau. Je cours pour l’équipe. L’homme-radio me rassura : « Vous avez refait votre retard, Lieutenant. Très bon dépassement dans la chicane. » Je réalise, regard acéré, tout à l’exacte tenue de la barre, telle écriture, entre autres dont sœurs et frères d’armes demeurent sujets. Il m’est gratifiant de participer de cette prestation collective favorable à l’émulation. C’est un opéra aquatique aux formules nombreuses, vingt, significatives de la difficulté du circuit. Les tours se succèdent. L’entente peut exister, entre la dynamique des forces contraires et soi. Je pense aux marins disparus, je pense à mes sœurs et frères d’armes. Je pense en actes, car je sers et défendrai toujours, au prix de ma vie, les valeurs fondamentales de la République Nôtre, la République Française ; à savoir la Liberté, l’Égalité, la Fraternité.

A speedboat that is racing across the wa

JEAN-MICHEL TARTAYRE

 

 

 

 

LES POÈMES D’ART JUNGLE

Reflets

 

 

 

 

Poésie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I

 

Le Grand Fleuve, sous la pluie glacée, scintille parfois des notes d’argent qu’un ciel aux nuages nombreux sur la Harpe d’Eole joue. Je suis à bord d’une embarcation rapide et me plais, tout à la bonne tenue de la barre malgré les aléas, à considérer le phénomène tels des repères fixant ma voie. Je navigue d’après les données exactes qui me sont transmises par l’espace tabulaire des commandes ; je navigue de visu et puis ainsi anticiper à deux milles de distance la contrainte de l’élément ou bien du danger. Chaque reflet sur l’eau est néanmoins l’axe d’une figure lumineuse me permettant de m’orienter avec plus de facilité encore, compte tenu du facteur parallaxe dont je dépends. Je me situe avec encore plus de précision car, outre l’écran numérique, je bénéficie du soutien de Nature. Je suis né ici et le Grand Fleuve m’éduqua à ses propriétés ; à ses dialogues avec la Forêt, la Montagne-qui-parle et l’Azur il m’invita à participer au titre de témoin. On m’instruisit dès lors. J’appris l’existence d’une autorité suprême nommée Le Chœur des Muses, mais j’en ignore le lieu d’exercice. Guidé de fait par l’inspiration dont on me gratifia tôt, je sais mener tout bateau à bon port. Tôt engagé au service de la région qui me vit naître, ma hiérarchie me désigna d’office à bord. Demeurer humble face à la personne, face à l’élément, est inscrit dans la première clause du Code d’Honneur Nôtre qui me voit ce jour intact aux commandes de la vedette spéciale du Secteur 3. J’agis par respect et fidélité envers mes sœurs et frères d’armes. La Fraternité me soutient dans ma marche sur l’eau avec aujourd’hui l’objectif d’évaluer les risques majeurs encourus par les gens de la Marine dans la zone dite Est-Ouest, plus précisément N.N.E.-O.N.O., couvrant la distance de dix milles sur le Grand Fleuve, soit entre le Port de K., ma base, et le Port de L., où sont acheminées de nombreuses marchandises. Je quadrille et numérise ladite zone. La nécessité des repères lumineux que constituent les reflets du ciel à la surface réside dans le fait que, grâce à eux, je peux détecter la présence d’un écueil en fonction de l’état de la brillance, étant donné qu’il s’agit d’abord pour moi d’évaluer la puissance des moteurs au vent mauvais. Je n’ai pas le droit de rêver.

 

 

II

 

Certainement j’acquiesce aux rythmes des quatre vents et ne m’inquiète guère de la conduite à tenir en pareil cas. Je suis sûr de la vedette et des reflets devant dont la figure animée me rend loisible telle orientation sur la voie du Grand Fleuve. La pluie incessante, ajoutant à la difficulté de maintenir la trajectoire, est somme toute maîtrisée grâce à ma vision du terrain où j’opère, chaque reflet ponctuant de manière significative la marche d’un signal qui me permet d’anticiper un mouvement contraire aux effets non négligeables, donc dommageables. Le balayage des essuie-glaces est rapide. Lumineux demeure l'intérieur de la cabine de pilotage au vitrage épais.  L’écran numérique m’est un support complémentaire à l’étude des aléas en surface. Je mène mon embarcation avec vigilance et, quadrillant la zone d’un bord à l’autre du Grand Fleuve, je puis ainsi vérifier la puissance motrice nécessaire pour me sortir de l’impasse provoquée par quelque courant ou quelque vague dont un coup de vent plus fort serait la cause. Je participe, de fait, de la sécurité qui devra être appliquée par tous les navigateurs dans les prochains jours sur cette zone de dix milles. Chaque reflet, de visu, m’évite d’échouer sur le rivage ; je vois celui-ci, par exemple, et sais que, non loin, se trouve une partie de la rive sablonneuse à fleur d’eau. L’état de la brillance me guide en effet. J’établis, sur le mode de la proposition, les limites de vitesse que ma hiérarchie, au vu des données que je lui aurai transmises, ratifiera ou non. La validation du rapport vitesse / distance / temps dépendra de mes essais. Le Capitaine B. me prévint sur le quai avant mon départ ce matin : « Jungle, il vous faudra vous montrer attentif au moindre risque. On vous confia en l’occurrence la responsabilité de la vedette spéciale à dessein de parfaire nos recherches réalisées en amont, dans les conditions climatiques les plus exigeantes. Vous êtes un enfant du pays, vous connaissez les lieux comme votre poche, je ne doute pas que vous saurez faire. Mais l’épreuve s’avère difficile, malgré la fiabilité du bateau. N’écoutez que votre sens pratique. Nous vous suivons depuis la base, le Commandant O. et moi-même, vous le savez. Les conditions sont favorables pour cette séquence d’essais puisque les éléments aujourd’hui sont redoutables. Nous vous revoyons à 6 PM. Il est 6 AM. Vous avez douze heures. Le Commandant O. et son équipe enregistrent vos données toutes les heures. Offrez-nous le graphe attendu. Nous vous faisons confiance. À la faveur des Vertus, Jungle ! » Je me protège en faisant appel à ma créativité. Les reflets sur l’eau avivent l’acuité de mes sens. J’avance. J’évalue les variables qui s’affichent sur l’écran de bord. Les moteurs imposent la conservation de la trajectoire à la contingence.

 

 

III

 

Les essais m’obligent à parcourir les dix milles de façon parcellaire, en d’autres termes par périodes constitutives de la zone et d’adapter pour chacune d’elles une limite de vitesse. Il en ressortira une moyenne à observer stricto sensu par gros temps que ma hiérarchie saura valider avec précision ; car ladite moyenne se fonde sur l’évaluation de chaque période qu’il m’est dû de proposer à bord et doit donc être fixée d’après un ensemble de données parcellaires, comprises entre la limite de vitesse par défaut et la limite de vitesse par excès. Outre la saisie numérique, mon travail consiste à bien manœuvrer, en conservant la trajectoire prévue. Les reflets à la surface sont des indicateurs précieux sur quoi mon regard se pose. L’orientation du bateau en dépend. Toute donnée est une information que je me dois de traiter sur le plan objectif. J’ai vingt parcelles à mesurer sur cette zone des dix milles en tenant compte du facteur vitesse soumis aux variables du relief par gros temps. La vedette progresse sur le mode de deux rythmes : modéré ou rapide. Le climat orchestre la marche. La marche participe de la constante thématique autour de laquelle le climat organise maintes variations. Le thème est cette mesure à deux temps que la vedette interprète selon le principe d’adaptation au climat. J’entends par là une chorégraphie singulière dont la surface du Grand Fleuve s’avère la scène. Je ne pense pas à moi, mais me focalise plutôt sur la vision et l’écoute. Certes il pleut averse et le vent est fort, je n’ai pas de temps à moi. Je suis l’obligé de l’objectif, à savoir prendre la mesure exacte du rapport vitesse / distance / temps au moyen de la clé triangulaire. La puissance des moteurs sollicitée doublement par le tempo « presto / moderato » m’apprend que la vedette demeure fiable en tout cas pour réaliser la marche. Il me faut moins de 60 minutes pour travailler sur une fraction de la zone. Ma concentration est totale. Les reflets me préservent d’aller trop vite ou trop lentement. La vedette doit garder sa constante tandis que les variations orchestrées par nature peuvent se positionner tantôt comme chromatismes nombreux, tantôt comme harmoniques. On me suit. J’ai des comptes à rendre à l’équipe. Je ne subis aucun écho. Je passe. D’ordinaire, ces dix milles sont un passage aisément navigable ; néanmoins, quand souffle le vent venu de l’Océan au nord, ils deviennent un barrage menaçant pour la navigation marchande ou la plaisance. C’est dûment que tôt ce matin on me confia la mission de faire face à la conjoncture, d’en juger la menace.

 

 

IV

 

D’un reflet à l’autre, je puis établir visuellement une figure pour chacune des fractions de la zone à parcourir. Tout en essayant la puissance des moteurs sur les modes moderato / presto, je me dirige d’un point à un autre de ladite figure, tandis que l’écran numérique enregistre les données vitesse / distance / temps puis affiche les nombres par vecteur, outre les données relatives à l’anémomètre. J’observe à cet égard que la force du vent varie entre 7 et 9, de Grand frais à Fort coup de vent sur l'Échelle de Beaufort. La progression du bateau n’est pas impactée, je peux évaluer sereinement la limite à ne pas dépasser, ni par défaut ni par excès. Grâce à la figure accomplie pour chacune des fractions, je puis ainsi mesurer la surface navigable par gros temps et concevoir les balises qu’il s’agira prochainement de placer afin d’éviter l’écueil. Ma concentration est la constante de mon travail, elle permet à l’exercice de la manœuvre par fraction de se réaliser en une cinquantaine de minutes. Je peux voir un reflet à 500 mètres grâce à cette faculté de notre esprit et ainsi opérer sur le champ d’action d’un mille sans craindre de quitter la trajectoire préétablie dans le programme dont l’écran de bord est source d’information. Je consulte la carte GPS régulièrement et, d’une direction prise d’Est en Ouest, juge de la norme recevable en matière de vitesse limite. Ni trop lentement, ni trop vite, sans quoi le risque augmente à proportion du défaut ou de l’excès entrepris. Je fixe la limite du défaut et de l’excès de vitesse et obtient la moyenne juste par fraction. Actuellement, par exemple, je constate que la fraction où je me situe ne peut autoriser aux moteurs le dépassement de 12 nœuds et, à défaut, de ralentir à moins de 8 nœuds, sinon l’engorgement commence dans le deuxième cas, ou bien la poussée s’avère de moins en moins contrôlable d’après le premier cas. Ne pas courir les deux risques majeurs que représentent le surrégime et le sous-régime. Oui, la Harpe d’Eole est un indicateur intraitable, car elle peut conduire le navigateur trop distrait à la confusion émotionnelle. La devise est de ne pas attendre le dernier moment pour rectifier l’erreur de direction, mais bien plutôt d’anticiper le risque avant le fatal naufrage. La Harpe d’Eole joue un air qui séduit l’eau, aussi la danse des deux éléments nous apparaît-elle dès lors exclusive telle la danse rock acrobatique qui occupe toute la scène et nul n’est invité, qu’à titre de spectateur.

 

 

V

 

Au terme de onze heures d’essais, ayant accompli mon parcours d’enquête et d’analyse mécanique sur l’ensemble des vingt fractions composant la zone des dix milles, j’accoste le quai du Port de L. Après que j’ai tapé le numéro téléphonique du Bureau d’Étude de K. sur mon tableau de bord, le Commandant O. me répond : « Très bien, Jungle. Nous avons validé votre saisie. Il est 5,02 PM. Allez manger un bout. Nous vous attendons dans une heure. » Le temps s’est sensiblement amélioré. Le ciel au-dessus de L. connaît une embellie certaine marquée par la promenade des nuages blancs sur fond bleu turquoise, telle l’aigue-marine, et l’observant je songe que le Chef étoilé L. créa sa succursale ici, à la même enseigne que celle du siège sis au centre de mon village, à savoir « Trésors culinaires ». J’y déguste un sandwich au foie gras truffé, assorti d’un verre de fronton. Je ne suis pas mécontent de mon travail. La serveuse du restaurant en outre me gratifie d’un « je vous offre le café gourmand, Lieutenant. » Non, je ne suis pas mécontent du travail réalisé avec la vedette spéciale, a fortiori dans les conditions climatiques propres à cette saison des pluies qui aujourd’hui se sont montrées particulièrement sévères. J’ai l’idée des balises à placer, de visu. S’agissant de la vitesse limite, les données dans leur ensemble aboutissent à la moyenne générale de 10 MPH, ce qui normalement est le fait légal sur la majeure partie du Grand Fleuve. La marge par défaut ne peut descendre cependant au-dessous de 8 MPH par gros temps, ni excéder 12 MPH. J’ai pu évaluer le moindre risque, poussant la vedette jusqu’à 20 MPH ou en rétrogradant jusqu’à 6 MPH. Il est malaisé, dans ces deux cas, de garder le contrôle de la machine plus de 10 secondes. C’est enregistré sur l’écran de bord, reçu par le Bureau d’Étude de K. Nous en tirerons avec ma hiérarchie les conclusions utiles pour l’ensemble des gens de la Marine qui seront amenés à fréquenter la zone des dix milles, cette zone aussi surnommée « Le Boulevard », par la raison qu’elle est très fréquentée. Je suis marin, autant que je suis soldat, fidèle au Code d’Honneur qui nous lie mes sœurs et frères d’armes et moi. La loi était de ne pas m’éloigner de la trajectoire, du moins de respecter la limite des marges de manœuvre, soit 0.026998 mille par excès ou par défaut. Les reflets à la surface sous l’action conjuguée du vent et de la pluie furent des axes d’orientation, indéniablement, qui sollicitèrent tout du long ma vigilance et la maîtrise de la barre. Comme autant de supports visuels, ils se firent écho et me conduisirent à l’établissement de figures dont la lumière du Soleil au-delà de la masse nuageuse est l’autrice. La surface du Grand Fleuve m’est apparue dans la plénitude de ses rythmiques. Dehors, à travers la vitre du restaurant, je constate sur le quai du port de L., qu’un groupe de mouettes piaule de concert au moment où l’aigle pêcheur fond sur une daurade, puis l’emporte. Je règle ma note. Je repars.

VI

 

VARIATIONS AUTOUR DE LA TRAJECTOIRE DUE

 

1

                                                    Le miroir de l’eau

                                                    N’en est pas un pour le ciel. –

                                                    J’entends leur dialogue.

 

2

                                                    Je vois des reflets

                                                    Loin, comme autant de repères. –

                                                    Ils montrent la voie.

 

3

                                                    Le Grand Fleuve écrit

                                                    Grâce à la plume d’Azur. –

                                                    C’est une épopée.

 

                                                    Je sus lire tôt

                                                    La surface du Grand Fleuve. –

                                                    Elle dit des airs.

 

                                                    Chaque air est un signe

                                                    Que l’eau adresse à l’Azur. –

                                                    Prudence est de mise.

 

                                                    Chaque reflet parle

                                                    Le langage du climat. –

                                                    Tel courant le porte.

 

4

                                                    Mon tempo est lent

                                                    Par le fait du vecteur Force. –

                                                    Ce jour est venteux.

 

5

                                                    J’assume ma tâche

                                                    Aux commandes du hors-bord. –

                                                    La Raison m’instruit.

 

                                                    Ne me risquant guère

                                                    Au-delà de la limite. –

                                                    Car Nature est reine.

 

                                                     J’agis sans l’écho

                                                     Importun, donc par devoir. –

                                                     « Bien reçu, Jungle. »

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