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Vue sur le lever du soleil sur la montagne

PUBLICATIONS LXXII

Poèmes

Glacier et sommets

JEAN-MICHEL TARTAYRE

 

 

 

 

LES POÈMES D’ART JUNGLE

Hivers

 

 

 

 

Poésie

 

 

 

 

 

 

 

I

 

Quand les conditions demeurent favorables à l’écriture, je n’hésite pas. La plume s’envole. Conscient de formuler une pensée et de la développer selon les modes poétique, narratif, argumentatif, ma posture se doit par-dessus tout d’être humble, parce qu’il existe une instance que je ne peux ignorer, savoir le Chœur des Muses. Ce jour témoignera de ma fidélité à l’égard du Chœur des Muses, dans la mesure où lesdites conditions s’avèrent en effet favorables à l’écriture. La plume m’oblige. Assis dans le séjour de ma maison, un bloc de papier comme support, j’observe qu’il pleut averse au-dehors, mon jardin fleuri arbore de belles couleurs. J’apporte ici les preuves d’un paysage d’après quoi s’organise ma pensée, laquelle n'ira jamais au-delà de ce que la plume près le Chœur des Muses reçut en matière d’informations, soit la parole confiée par l’Instance. J’agis avec Raison et m’en tiens à ses préceptes, dont nos ancêtres sont les gardiens. Je suis le cours de mouvements qui se fondent sur différentes mesures et me laisse porter au gré des signes qu’ils convoquent. Mon jardin est ma référence ce jour. Il propose à mon regard des merveilles, les mêmes que je vécus enfant. Il y croît des chromatiques senteurs qui feront de mes pages du jour un bouquet conçu par et à l’adresse des Muses, moi-même prudemment posté sur le seuil, donc au pied de la Montagne-qui-parle. Et ces pages sont l’absolu de parfum que les Muses ont conçu et qui leur est destiné. J’écris. Mon jardin leur fut dédié sitôt pensé. Je ne mens pas. Il est impossible de ne pas se soumettre à la teneur considérable de la parole confiée. Je ne dis rien, que la transcription dont la plume est missionnée, moi-même prudemment posté sur le seuil de la page. Il est un ordre suprême : l’Ordre de Nature, qui m’assigne sur le seuil des mots, car les mots sont de Raison. Je disparais au profit du bouquet que le Chœur des Muses composa et ce jour est un poème. Le poème est acte de conscience. On ne me le dit pas expressément, on me le suggéra, car la parole inspirée est le fait exclusif des Muses, la parole qui ne trompe jamais. Je n’agis par conséquent pas pour moi-même, j’agis pour offrir.

 

 

II

 

Contre moi-même. Le principe est de m’en tenir d’abord à l’effacement de ma subjectivité excessive, non pas de ma personne mais de son faux miroir ; j’entends par ce dernier terme l’ensemble des passions et sa conséquence : la faute. J’écris non sous l’effet d’une lubie mais sous l’effet de l’inspiration. Je réponds à l’appel de la plume que l’on convoqua près le Chœur des Muses. Il est temps, j’obéis. Dès lors, je ne m’inscris pas dans le cadre du faux miroir heureusement, non, c’est dans le cadre de la parole inspirée, grâce à laquelle je peux composer selon la métrique, ou la rythmique, dont la plume est seule détentrice, moi-même prudemment posté sur le seuil de la page, que l’on m’assigna tôt. J’aimai alors naturellement le Chœur des Muses, je l’aimerai toujours. Tôt je défendis ma position sur le seuil de la page et je bâtis ma demeure avec jardin au pied de la Montagne-qui-parle ; ce dans le cadre de mon engagement aux côtés de mes sœurs et frères d’armes. Je connais la forêt au-delà de ses lisières, je côtoie le Grand Fleuve sans familiarité, bien plutôt avec respect. Je contemple l’Azur. Je défends ma position sur le seuil de leurs dialogues, comme je défends mon poste aux côtés de mes sœurs et frères d’armes. Le Capitaine B. m’évoquait récemment au mess, tandis que nous dégustions le plat du jour du Chef et de sa Brigade : un excellent purée saucisse de Toulouse assorti de sa sauce aux morilles et d’un corbières, le cas de la décision : « Je n’en fais jamais cas, Jungle. Aucune problématique relative à la décision. Je décide, un point c’est tout. Certes mûrement. Néanmoins une fois prise la décision, je n’y reviens pas. On m’instruisit en premier lieu, je sus, j’engageai. Nous servons des valeurs, Lieutenant. Dès lors, nous obéissons. L’ordre est de Raison. Moi-même, vous le savez, j’écris. Naturellement, j’écris, donc par plaisir ; comme naturellement j’apprécie ce plat, cet extraordinaire purée saucisse agrémenté du verre de corbières, au terme de notre période de quinze jours de stage dans le Secteur 1, durant lequel tous les matins, nous travaillâmes à jeun et ne prîmes qu’un repas par jour. Vous me comprenez, Jungle ; je décide de défendre à vie, et au prix de ma vie, les valeurs de la République Française. Nous connaissons l’Histoire de notre État. Nous sommes par exemple instruits du génial labeur des Encyclopédistes, de Condorcet. Je décide, j’écris par suite, au nom des valeurs de la France et de ses Illustres. Je ne compose pas avec les préjugés. »

 

 

III

 

L’écriture poétique mérite une considération particulière pour ce qu’elle suggère. Quand il m’arrive de composer, je ne tiens compte que de l’acte transmis, inspiré. Un regard posé sur la Montagne-qui-parle, sur mon jardin fleuri, suffit à l’appel de la plume. Ma présence sur le seuil de la page est d’abord le fait de ma prise de conscience à l’égard de la parole reçue près le Chœur des Muses. L’acte entraîne par nature mon effacement, au profit de la sincérité des rythmes et donc de l’évocation. J’écris, instruit de l’ordre des choses et ne défiant personne, car je ne participe que des signes de Raison. Mon effacement est contemplation de la merveille confiée à la plume, c’est-à-dire vigilance devant la Porte du Palais et jamais je n’entre. L’écriture se réalise, cristallisant sur la page, je n’interviens pas. Je me tiens devant le Palais, soit au pied de la Montagne-qui-parle, où je bâtis ma demeure. Dans le Palais siège le Chœur des Muses. Je ne sais rien du Palais, ni où il se trouve,  seule la plume y est convoquée. Le Capitaine B., avec qui avant-hier j’effectuai le contrôle hebdomadaire de la navigation marchande sur le Grand Fleuve, me disait : « Vous savez Jungle, l’essentiel dans l’écriture est de rester en paix avec soi-même. Ne pas se heurter à l’émotion mais la considérer avec raison. Il en ressort les rythmes fondateurs de la phrase. Obéir, Lieutenant, est la nécessité. J’entends par le terme « obéir » l’idée d’engagement au secours de la personne, notre engagement. Lorsque je rédige, je ne m’inquiète de rien si ce n’est de mon honnêteté eu égard aux valeurs humaines, fraternelles. J’écris avec sérieux, la vie m’est chère. Je ne sais et ne fais rien d’autre qu’exister, Lieutenant. J’existe par abnégation. Nos valeurs sont mes valeurs, les valeurs de la République Française, les valeurs que nous défendons au jour le jour. Vous savez aussi Jungle combien notre engagement est sans concession. Je répondrai toujours à l’appel au secours d’une sœur ou d’un frère d’armes. Je ne suis pas seul et naturellement obéis aux ordres de la personne morale que nous représentons. Il en va ainsi de ma posture à l’égard de toute personne victime. Écrire signifie pour moi forger la liberté, l’égalité, la fraternité, entre les hommes. Je me réclame de fait du combat de Simone de Beauvoir. »

 

 

IV

 

La sonorité m’importe par-dessus tout lorsque j’emploie telle syntaxe ; ce terme en effet s’accorde avec la notion d’harmonie musicale. La sonorité s’accorde aussi avec la notion de vocable. Je ne peux entendre le genre poétique sans la considération de sa structure sonore et, par conséquent, de la prosodie. Je développe une écriture ancienne, lointaine, dont les lois sont incontestables, infrangibles. Le Chœur des Muses établit les lois, je les sers et veille au bon déroulement du procès phrastique dont la plume demeure investie. Je garde intacte la vision qui m’apparaît sur la page dans sa succession de rythmes, de même que j’œuvre à la régulation du trafic maritime ou fluvial quel que soit le climat. Ma trajectoire est intacte, on me la confia. Je suis libre dans le strict respect des lois de la République Française et des Nations pacifiques. L’essentiel réside dans l’entente avec soi, donc avec la personne. Je ne tiens pas à innover, je transcris la merveille. Le Chœur des Muses statua et ratifia. La parole reçue est absolu de parfum que j’adresse par suite à la poétesse, dame siégeant près le Chœur des Muses. La plume, messagère, de notre ravissement à comprendre et participer à la fonction de ce dialogue qui fonde l’entente adopte les rythmes. J’évoque en l’occurrence l’amour éclairant, celui dont je suis le serviteur. Je tiens mon existence pour un dû. L’écriture à ce titre me permet de m’exprimer sans enfreindre les lois de l’inspiration. Je suis libre de transcrire le bonheur manifeste et selon la constante établie par le Chœur des Muses, la constante de l’honnêteté. Ce bonheur manifeste inclut le bonheur sur Terre, le bonheur social, le bonheur avec soi-même, trois modes dont les combinaisons possibles, de l’un à l’autre, assurent à notre existence la paix. Il ne tient qu’à moi de le vouloir. Je le veux et le souhaite à chacune et chacun de mes sœurs et frères d’armes, car on m’assigna le poste de veilleur. On me désigna à bord. Je suis au jour comme à la nuit voué, me tenant sur le seuil. Des rythmes perçus à ce poste, je peux concevoir le poème. Il m’est donné.

 

 

V

 

Je crains Junon et ne me plains pas. De même que je ne me vante pas de mes erreurs, non, je les préviens ou les corrige en conscience, donc avant qu’elles ne soient. Nous sommes actuellement affectés près l’administration de la cité de Neige, en France métropolitaine. Mission de surveillance. Avec mes sœurs et frères d’armes nous avons en effet rejoint le bataillon local de cette région sise parmi les sommets blancs d’une chaîne de montagnes célèbres, au milieu de l’hiver. Il me fallut peu de temps pour apprendre à skier mais le poste où l’on m’affecta d’office est le pilotage de la motoneige, Yamaha. Nous sautons en parachute à plus de 7000 mètres un jour sur deux afin de quadriller une aire de 80 kilomètres carrés. Ordre nous est donné par le Capitaine L. de demeurer vigilants eu égard à la menace de plusieurs échanges de marchandises illicites dans le cadre du narcotrafic qui sévit ici depuis plusieurs mois. Nous logeons dans un refuge construit à 3000 mètres et cette nuit, il est 11 PM, j’ai décidé d’écrire quelques impressions poétiques dont la déesse Junon est l’inspiratrice. Autour de nous le tonnerre gronde fort et la foudre de Jupiter a tôt fait de frapper contre le roc des hauteurs. Je l’entends et, de ce fait, évite toute erreur quand nos sorties nocturnes au milieu du désert blancs et glacial nous amènent d’abord à vérifier le bon état du matériel. De descentes en rappel à l’escalade d’une paroi abrupte, la lampe frontale fixant le relief, je dois assurer ma progression correctement. Qu’en est-il de la poésie ? Elle ajoute à notre condition souvent périlleuse de soldats du froid, en l’occurrence. Nous ne manquâmes pas d’intervenir hier à 3 AM, par exemple, au moment d’un échange dont nous fûmes tôt tenus informés quant au lieu précis, le refuge dit « De R. » et à sa nature : vente illégale. Nous interpellâmes dans une situation où l’erreur n’est pas permise, vu le laps de temps qui nous fut donné par le Capitaine L. pour procéder au flag. Outre ce type d’action, j’effectue des trajets de reconnaissance ou d’ordre commercial à bord de la MXZ 850 E-TEC Turbo R. Je côtoie les bergers et les gens de la Haute Montagne. Ils savent quand je passe. Je transporte du matériel et des vivres pour mes sœurs et frères d’armes. Mon parcours exprès se trouve entre le village de K. dans la vallée, et notre refuge. J’agis sous le regard de Jupiter et de son Épouse. J’ai conscience que nous nous trouvons à une altitude qui correspond avec les premiers degrés du Ciel Bienveillant. Je ne sais rien du dialogue qu’Ils entretiennent, non, je me tiens à la porte des discours au sommet, à titre de veilleur et de transporteur assermenté. Mon poème est gage du serment d’Honneur et Fidélité que tôt je prononçai.

 

 

VI

 

Tôt, on m’inculqua la notion de philosophie. Je sus qu’il est interdit de s’en moquer. L’existence nous est précieuse. L’enjeu s’avère toujours collectif. Je pense là à mes sœurs et frères d’armes. Je respire, car nous respirons. Aussi la Terre s’ancre-t-elle parfaitement dans le concept de Nature dont la Philosophie est la Confidente. J’entends en effet par le mot « Terre » l’ensemble des peuples qui composent la société humaine et la révélation de Magna Mater auprès de qui le Ciel, son époux royal, se tient et la protège tel le Gardien du Temple. La philosophie est de fait le Chant d’Amour, réalisé en conscience, du Ciel pour sa Dame. Le philosophe réalise. Il m’arrive sûrement mais avec modestie – autant que faire se peut – de donner mon point de vue en philosophe, par respect absolu envers nos ancêtres, qui sont les maîtres de cette discipline. Je n’invente rien. J’objecte fermement à l’insistance déplacée. On me fonda sur le seuil. Enfant, je repris la tradition de la parole sage dans l’esprit des pêcheurs de mon village, le village de M., en manifestant le même respect absolu à l’égard de la Montagne-qui-parle, de la Forêt et du Grand Fleuve. Notre Chef me confia tôt que la parole sage s’apprend. Il m’apprit à écouter attentivement le dialogue que le Grand Fleuve entretient chaque jour avec la Forêt, « néanmoins dialogue dont on ne doit et ne peut rien dire, dit-il, car il appartient au Chant d’Amour que le Ciel réalise auprès de sa Dame, la Terre. Écouter attentivement, conclut-il, c’est comprendre que nous devons nous tenir sur le seuil du dialogue sans jamais le franchir et demeurer simplement les Gardiens du Temple. » Je lus avec appétit La Sepmaine ou la Création du monde, de Guillaume de Saluste du Bartas. En cette période de neige et de grandes pluies, l’écriture m’apparaît ce jour comme le don nécessaire à l’existence. Enfant, je pris conscience qu’il nous est offert par le Chœur des Muses. D’une plume de colombe que lors j'observai puis ramassai sur le rivage du Grand Fleuve, je me fis le serviteur. Dès cet instant, la plume s’envola. Je fus instruit de sa Fonction d’Honneur par les pages inspirées que le Chœur des Muses lui confie, car la plume a sa place attitrée près le Chœur des Muses. Par conséquent, je note les saisons, les actions, les états, sous l’égide de l’Instance Suprême qu’est le Chœur des Muses ; en l’occurrence ce jour où, revenu de ma mission dans la cité de Neige, je bénéficie d’un dimanche très pluvieux, agréable, cadre de l’actualisation de mes notes sur le mode des rythmes perçus.

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