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Vue sur la montagne brumeuse

PUBLICATIONS LXXV

Poèmes

Aperçu du port de commerce

JEAN-MICHEL TARTAYRE

 

 

 

 

LES POÈMES D’ART JUNGLE

Mémoires du bord

 

 

 

 

Poésie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SANS MÉPRISE

 

Nulle contrainte devant cette étendue grise.

Malgré le vent la trajectoire se maintient

Par le fait de ma concentration qui s’en tient

Aux données de la boussole et du parebrise,

 

D’après quoi je puis anticiper sans méprise

Tout excès de vitesse ou l’obstacle qui tient

À son pouvoir de contre et qu’un récif détient.

J’ai donc l’heur d’éviter la mauvaise surprise.

 

Il n’est pas temps de commettre une vantardise

Mais bien plutôt d’agir, avant qu’on me le dise

Vertement dans le casque, comme de raison.

 

Mon bateau de course, il est vrai, a fière allure

Et peut braver les intempéries de saison

Qu’à son bord je calcule en gardant bonne allure. 

 

 

 

 

 

LE BAIL

 

Je me trouve au pied de la Montagne du Sage

Ou Montagne-qui-parle, cet endroit royal

Où tout près se situe mon village natal ;

J’y résidai en célébrant son paysage.

 

Aujourd’hui, ayant accosté son vert rivage

Pour faire signer le bail à un Caporal

De notre Régiment, me revient l’idéal

Vécu dans cette maison – quelle belle page

 

Se tourne à présent ! – au vrai non sans nostalgie.

Aussi me revois-je l’écrire à l’effigie

Du Poème Nôtre, que dicte la raison,

 

Cette page des jeunes et belles années.

Mais ce soir appartient à une autre saison,

Celle de l’Épouse et des nouvelles données.

 

 

 

 

 

VERS SA LUMIÈRE

 

Je me sens bien à écrire les jolies choses

Telles que les gemmes dont Amour se vêtit

Jadis, tout aux joies que chacune garantit

Sur le corps de mon épouse prenant des poses

 

Lorsque je la photographie, pensées écloses

Vers sa lumière – mues par l’honnête appétit –

Car elle est Muse. Ce portrait d’elle sertit

Sa beauté en vers à l’heure des matins roses.

 

Nous sommes à l’Aurore et Madame se lève

Comme le bonheur de la voir prolonge un rêve.

Je suis à ses pieds – elle dit de fait les mots –

 

Car elle est Muse. Tel portrait qui nous l’évoque

M’est donné à écrire dès lors que j’invoque

La grâce de Madame, guérissant des maux.

 

 

 

 

LYRE INSPIRÉE

 

Saisir les signes que propose une musique

M’incombe ce soir en revenant du bureau,

Musique de notre amour si grand et si beau

Qu’un sonnet lors m’apparaît dans sa forme unique

 

Pour réaliser ma propre architectonique,

Un sonnet, oui, célébrant l’air toujours nouveau

De notre amour officialisé par le sceau

Des noces, m’interdisant l’excès narcissique.

 

Je regarde nos enfants et ma bien-aimée

Et m’efface au profit de leur lyre inspirée,

Sans retour sur moi-même, conscient et sans peur.

 

Parce que je ne connais que le bonheur d’être

À soi comme aux autres. Ni feindre, ni paraître

Est l’ordre de raison – lui seul me tient au cœur.

 

 

 

 

BONHEUR

 

J’ai une grosse envie d’asperges vinaigrette

Suivies du cassoulet de Castelnaudary

Après ma semaine de mission à Ivry ;

J’ai mis le couvert, notre table est vite prête.

 

Les enfants se régalent, ma femme s’apprête

Puis nous rejoint. À la télé c’est du rugby

Que nous regardons en mangeant, climat cosy –

On est bien. – Je propose enfin de la Danette.

 

J’aime ma femme, j’aime nos enfin chéris.

Quand j’ai fini la vaisselle, vrai je bénis

Ce moment de nous réunir avec bonheur

 

Car ma mission fut une mission difficile.

Je crus ne pas revenir mais je n’eus pas peur,

On interpella dans les environs de Lille.

 

 

 

 

LE RANG

 

Aucune distance entre moi et moi n’existe,

Je suis homme du présent, soit de maintenant.

Autrement dit, je n’imagine rien avant

Qu’un sujet ne me le propose. Je résiste

 

À la tentation dissociative en artiste

De l’obéissance. On m’inscrivit dans le rang.

Tôt j’appris à servir la France en la louant,

Je dialogue ou j’écris en restant réaliste.

 

Le poème est acte qui va me délivrant

Contre moi-même, ainsi je marche droit devant

Toujours, à titre d’homme et d’honnête optimiste.

 

Mon épouse est la femme dont je suis l’amant,

J’aime discuter avec elle qui, j’insiste,

S’avère l’aimée et l’amie de chaque instant.

 

 

 

 

 

RETOUR

 

L’avancée sur l’eau plaisamment se réalise,

Notre navire progresse vers l’horizon

Sans forcer l’allure car belle est la saison. –

Turquoise le ciel à la surface s’irise

 

Et nous propose même une légère brise

Qui évoque à chacun la douceur de la maison,

La nostalgie prend place comme de raison. –

Deux ans que nous sommes partis mais nulle crise,

 

L’horizon du bateau est celui du retour.

Oui, nous revenons. Je reviens vers mon amour.

Et puis  le Capitaine a mis de la musique

 

Harmonieuse, réjouissante, qui va bien

Avec le climat. Il dit : « Conservons le lien

Messieurs, forts de notre conduite flegmatique. »

 

 

 

 

 

GENS DE MER

 

La clarté s’impose aux pilotes de formule,

Derrière le parebrise ne pensant rien

Leur conduite répond à l’ordre qui va bien,

Celui de raison, chacun comme dans sa bulle.

 

Chacune et chacun, enthousiaste tel l’émule,

Court sur l’eau et maîtrise le jeu aérien

Autant que le propose le circuit, si bien.

Quelle vitesse révélée par le module !

 

Le flegme est la qualité de ces gens de bien,

Gens de mer et de vertu, braves ô combien.

Ils connaissent les vents qui tiennent la férule

 

Et les dangers propres à chaque méridien,

Du Pacifique jusqu’à l’Océan Indien ;

Forts d’un regard où toute émotion capitule.

 

 

 

 

LA VOIX DES LOINTAINS

 

Partis depuis des mois à bord de la frégate,

Vu les paysages magnifiques, ravis

Que nous sommes par cet enchantement promis

Dans la voix des lointains mais conscients d’une date.

 

Date de l’opération souhaitée non ingrate

Pour toutes et tous – c’est du Commandant l’avis

Implicite au sortir du briefing : « Sans soucis,

Soldats, car nous allons jouer notre sonate. »

 

Et la voix des lointains se concrétise ici,

Ce sont les paroles du Commandant, ni cri

Ni lyrisme excessif – seul l’ordre de justice,

 

Outre le décor ravissant, est le motif

Majeur grâce à quoi le climat le plus propice

Sourit aux volontaires du choix défensif.

 

 

 

 

CALME

 

À regarder le ciel et les beaux paysages

Que sa lumière révèle je me sens bien,

En symbiose avec la nature et ne dis rien.

Mon poste à bord m’oblige à lire des nuages

 

L’évolution, mais ce jour ils sont comme sages.

Nous nous trouvons au niveau de tel méridien,

Tout est calme, l’ingénieur informaticien

Confirme notre approche des nouveaux rivages.

 

Pour l’instant, je ne vois que le ciel et la mer.

« Nous sommes à deux heures du port d’outre-mer »,

Dit l’ingénieur concentré sur une console.

 

Je ne dis rien, suivant la bonne direction,

Regard posé soit dehors, soit sur la boussole.

Le devoir me défend de la moindre émotion.

 

 

 

 

 

CONTRETEMPS

 

Maintenir la constante – mon œil s’en avise,

Rivé qu’il est sur la boussole ou le sextant.

Dès lors, la marche est moins soumise au mauvais temps,

Ce grâce à la carte, aux données qu’on numérise.

 

Nous sommes au large et mainte vague se brise

Sur la coque de notre navire, pourtant

Tout tient. Je m’inspire de fait du contretemps

Au vu desdites données – plus sûre est l’assise.

 

Ainsi, parant aux effets de la houle, on passe

Avant que la vague ne se change en impasse ;

La puissance des moteurs nous mène à bon port.

 

« L’interaction nous sert, me dit le Capitaine,

Et les mouvements de l’onde sont un ressort

Plutôt qu’un écueil. Grâce aussi à la carène. »

 

 

 

 

 

OCÉAN

 

J’écris ce jour car j’ai bien quelque chose à dire

Depuis plusieurs semaines que nous naviguons –

À propos d’Océan, pour lequel nous larguons

Les amarres. Océan qui, oui, nous inspire.

 

Et certes je ne suis pas le seul à écrire

Sur cette entité de Nature où nous voguons. –

Océan, seul leitmotiv que nous alléguons

Dans le Poème Nôtre, afin de te décrire

 

Tel que nous t’entendons, calme ou hors de tes gonds,

Car de ton instance nous sommes les seconds.

Chacun s’interdisant de se plaindre ou maudire,

 

Y compris quand notre navire fait des bonds

Sur tes vagues. – Non, nous n’avons rien à redire,

Heureux par suite de défendre tous tes fonds.

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