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Couches de brume de montagne

PUBLICATIONS LXXIV

Poèmes

Retraite de la piscine rose

JEAN-MICHEL TARTAYRE

 

 

 

 

LES POÈMES D’ART JUNGLE

Nos Jours nouveaux

 

 

 

 

Poésie

 

 

 

 

 

 

I

 

L’expression va de soi. J’écris. Je chante. Je vis. Le bonheur est simple. Mais il m’oblige, nécessairement. Je veux être simple. Et que veux-je dire par ce terme : simplicité ? Selon le regard que je posai quelque jour sur l’idée dont il est le signe, il s’imposa avec clarté tel l’ordre. Mon regard n’était pas un regard de défi ; au moins ce fut un regard qui questionne, au plus ce fut un regard de gratitude. La réponse dans tous les cas s’avéra significative de la notion de simplicité : « C’est non. » Par conséquent je regarde toujours droit devant moi et ne me questionne plus. J’écris. Je chante. Je vis. J’engageai. Les valeurs sont actuelles, je les sers chaque jour, chaque instant. Les valeurs s’inscrivent dans l’ordre de raison, celui de l’humanité. Je suis très satisfait de ma condition d’être humain. À cet égard, je bénéficie des droits et devoirs propres au bonheur. Outre la dimension juridique dont ces deux instances relèvent, demeure la volonté d’être heureux. Il ne tient quà moi en effet d’exister à titre de personne engagée au service de l’ordre de Raison et de ses valeurs, savoir Liberté, Égalité, Fraternité. Au-delà de moi, la personne m’invita à partager ses peines, ses joies. Je ne suis pas seul, non.  Et la personne m’invita de fait à l’abnégation. Je crois en la vie et j’entends la protéger, la défendre. Je l’écris. Je la chante. Je la respecte. Auprès de mes sœurs et frères d’armes j’engageai. La poétesse me parla dès lors. D’une plume de colombe saisie dans l’enfance sur le rivage du Grand Fleuve je suivis les rythmes dont la poétesse près le Chœur des Muses est l’inspiratrice. J’acte des notes florales cristallisant sous la forme du poème et revendique la merveille car, depuis l’enfance, je m’en tiens à la parole de nos ancêtres, avec le suprême respect qui m’est dû. Jamais je ne trahirai leur parole. Jamais je ne trahirai mes sœurs et frères d’armes. J’exprime en l’occurrence la marche qui nous engage à agir avec honnêteté. Par opposition à l’errance, la marche est le procès que nous réalisons sans inquiétude, une avancée par conséquent sous l’égide de Nature. Nous nous tenons sur le seuil de nous-mêmes, regard droit devant, fidèles au principe de réalité. Cette marche s’appelle le bonheur simple.

 

 

II

 

Il m’apparaît que le bonheur simple s’inscrit dans l’ordre des choses et tout va bien. Il ne m’appartient pas ce bonheur simple, c’est le don des fées. Je suis heureux parce que l’aimée et son cortège de fées le souhaitent. L’aimée, siégeant près le Chœur des Muses, me désigna sur le seuil. Je me tiens par conséquent devant la porte du Palais Merveilleux d’où l’aimée m’écrit. Et l’aimée est la poétesse. On m’invita, je rejoignis. Auprès de mes sœurs et frères d’armes le bonheur est le même que le bonheur dont je bénéficie sur le seuil. C’est un ordre, j’obéis. Je ne suis pas seul. Je disparais à la merveille de ma fonction, la fonction du veilleur. Je suis averti depuis toujours du danger des passions et me situe contre afin de protéger le collectif, soit notre entente fondant la cohésion du groupe, des unités. Je loge avec l’aimée et nos enfants entre de hauts murs, ceux de l’Institution qui nous engage. On me forma selon un rythme intensif dès lors que nous habitâmes en ces lieux de la Défense Française, nos enfants, l’aimée et moi-même. Je suis devenu un excellent rameur au dire de mes supérieurs. L’aviron s’est ajouté à mes disciplines sportives. Outre que je poursuis mes formations et missions avec une extrême rigueur, j’ai le statut de père. En l’occurrence, ce statut augmente la nécessité de ma place sur le seuil. Suprême est mon degré de vigilance. Ainsi, je disparais au profit du bonheur nôtre, le bonheur conjugal et le bonheur professionnel. À titre de père, je veille au maintien absolu de l’harmonie entre nos enfants, l’aimée et moi-même. À titre de professionnel, je maintiens la cohésion du groupe, des unités, en demeurant à ma place de marin engagé auprès de mes sœurs et frères d’armes et fidèle au plus haut degré au serment nôtre : « Force et Honneur ». Je pilote, je lis, j’enquête, j’écris, je veille au bonheur de l’aimée et de nos enfants. Le regard que je pose sur les rythmes nouveaux de mon existence est réaliste. Non, je n’ai pas changé. Je ne change pas. Mes droits et devoirs d’époux, de père et de guerrier s’organisent autour de la constante gaie. Je Nous veux libres dans l’ordre de Raison. Il ne s’agit donc pas de troubles – nous les ignorons – mais bien au contraire de notre appartenance à la merveille, réelle, intraitable, de notre bonheur simple.

 

 

III

 

Outre la vie professionnelle, il y a la vie conjugale. J’apprends auprès de mon épouse et de nos enfants la nécessité d’être dans tous les actes du quotidien. Oui ma dame et moi nous marièrent. Et la fête fut belle et applaudit par nos sœurs et frères d’armes. Et ma dame devint mon épouse bien aimée. Elle est devenue la mère de nos enfants. Je veille sur eux, toujours vigilant à l’égard de moi-même et ce au profit de leur bonheur. Ma conduite se veut intacte dans l’ordre de Raison. L’événement de la naissance de nos enfants forgea mon sentiment de paternité et, par là même, ma responsabilité haute. Notre bonheur familial tient à mon obéissance, j’écoute l’aimée scrupuleusement, je protège nos enfants et l’aimée, je suis fidèle au Code d’Honneur qui me lie à mes sœurs et frères d’armes. Je suis père. Je sers la Nation et les valeurs sacrées de nos Pères. J’engageai. Je prononçai le serment des serviteurs de la République Française. Je reçois avec une immense gratitude le don que la vie me fit d’aimer et d’être aimé dans le respect de la personne, ce respect fondamental qui régit mes actes au quotidien. Le bonheur simple que je partage avec l’aimée et nos enfants, avec mes sœurs et frères d’armes, relève de ce respect fondamental, car la personne est sacrée. Tôt j’en fus averti et ce respect m’obligea dès l’enfance Par conséquent, je me protégeai et me cultivai aux notions essentielles, celles du Droit et de la Justice. La pratique sportive fait partie intégrante de ma culture. J’hérite de la philosophie de mes ancêtres, des coutumes propres aux habitants de mon village, à savoir la pêche, la chasse, l’élevage et la culture du sol. Je suis un homme de la terre et du Grand Fleuve. Tôt j’appris à respecter la terre et le Grand Fleuve. Je sus les techniques de pêche et de la navigation. Aujourd’hui, mon expérience sert mes sœurs et frères d’armes, elle leur est vouée. L’aimée ajoute à mon statut sa grâce et notre bonheur conjugal auprès de nos enfants. Mon état de père m’apparaît comme une phase nouvelle de l’accomplissement affectif où je suis depuis notre première rencontre, même si le sentiment d’un tel accomplissement commence de fait dès mon entrée dans les rangs de l’armée française. Car ma dame est aussi et d’abord ma sœur d’armes. Elle est devenue mon épouse, la mère de nos enfants, L’Amie et L’Aimée. Notre bonheur s’entretient au jour le jour. Je suis le gardien et le veilleur de la merveille qu’elle inspire chaque instant à nos enfants et moi. Car l’aimée est la poétesse siégeant près le Chœur des Muses et notre icône. Je défends la merveille de notre foyer avec la même vigilance que celle qui m’est ordonnée au quotidien par ma hiérarchie. Et notre bonheur simple tient à cette attitude que l’aimée et nos enfants m’imposent naturellement en faveur de la pleine et entière sûreté : l’attitude humble du guerrier.

 

 

IV

 

Je me sens bien. L’écriture m’est un recours à certains moments de la semaine pour disparaître au profit du poème où nous vivons mon épouse, nos enfants et moi. Écrire afin de me sentir véritable serviteur de la famille nôtre, incluant par ce dernier terme mes sœurs et frères d’armes. Le poème s’inscrit lui-même dans une rythmique du quotidien. Il peut s’écrire mais il ne m’appartient pas. Le Chœur des Muses décide toujours et c’est L’Aimée qui m’y invite :

 

« Tu vas écrire aujourd’hui, Art ? »

 

Au-delà de l’écriture du poème, il y a le poème de l’existence nôtre, je veux dire l’harmonie de la vie conjugale et de la vie professionnelle au quotidien. À cet égard, le Capitaine B. me disait dernièrement :

 

« Vous savez, Jungle, s’agissant de la poésie, elle fait partie de ma vie. Je l’entends en termes d’actes vertueux réalisés au service des miens et de notre Institution. La poésie est d’abord pour moi un mode de vie. Et certes j’écris dans le cadre d’un genre littéraire différent mais non sans y inclure la dimension poétique à laquelle cette écriture, narrative en l’occurrence – puisque, vous l’avez compris, le genre en question est le roman – à laquelle cette écriture, dis-je, m’invite. Je ne discute pas autour de la dimension poétique, Jungle, je l’évoque, car elle est nécessairement. Artisans et artistes emploient d’un commun accord l’expression « je-ne-sais-quoi » pour l’évoquer précisément. Oui, étant donné que l’inspiration ne va pas sans elle, sans ce « je-ne-sais-quoi ». Vous avez sûrement vous-mêmes Jungle votre Muse. Je me souviens de votre mariage avec émotion et je vous sais heureux. Eh bien voilà, j’ai moi aussi ma Muse, mon épouse en l’occurrence et j’écris pour elle et toujours en son honneur. Mon énergie à servir sous le drapeau France, à servir le Poème Nôtre, Jungle, au jour le jour, à chaque instant, est due à la dame qui partage mon existence. Je suis son serviteur comme je suis le serviteur de la Patrie Nôtre. Je sais que vous êtes vous-mêmes, Lieutenant, un volontaire de premier ordre et que tôt vous engagiez. L’expérience montre que le Poème Nôtre dont je parle dépend de la volonté de chacun de l’écrire. Par le verbe écrire, j’entends servir. Il s’agit d’exister pour défendre les valeurs humaines et de demeurer signe dudit Poème, pierre. Agir, ce n’est pas se piquer de mots, c’est défendre la Femme et l’Enfant. Par conséquent, le poème écrit à l’aide d’une plume ne peut se concevoir sans ladite expérience, sans notre marche pour être plus précis. »

 

 

V

 

Je suis père. Ce statut est suprême à mes yeux et aux yeux de l’Institution que je sers. Il implique nécessairement une très grande humilité, car L’Aimée est reine en notre logis. Je me plonge régulièrement dans des ouvrages de Droit et de Mécanique qui entretiennent mes connaissances et compétences de marin engagé. Aujourd’hui, tandis que je lisais dans notre séjour la revue spécialisée de la Marine Nationale, L’Amie et L’Aimée me suggéra d’aller en mer à bord de notre voilier :

 

« Les enfants me l’ont demandé, Art. »

 

Nous avons par conséquent passé la journée dans une crique au Nord-Est de K. Il a fait beau, une légère brise atténuait la chaleur du Soleil. Nous avons pêché depuis les rochers, nous nous sommes baignés dans l’eau transparente grâce à quoi l’on peut voir aisément les fonds multicolores de corail, de végétaux où se promènent et flânent les bancs nombreux des poissons exotiques. Les beaux souvenirs restent, par suite nous prîmes plusieurs photographies. Nos enfants riaient aux vols des exocets au-dessus de la surface, dont le cortège lumineux accompagnait la danse des dauphins. Et nos enfants parlèrent avec les dauphins. Ils nous rapportèrent en fin de journée, dès que nous eûmes accosté au port de plaisance de K., les histoires que leur avait contées le Roi Dauphin. L’ensemble de leurs récits composaient de fait une épopée merveilleuse et L’Aimée, mon épouse, les écoutait avec une gravité extraordinaire dire les lointains turquoises et les forêts sous-marines ornées de gemmes que le Roi Dauphin célébra. L’Aimée les interrogeait, nos enfants explicitaient :

 

« – Et le Roi Dapuhin, demanda-t-elle, habite un Palais, donc ?

– Oui, répondirent nos enfants simultanément puis, l’un après l’autre, il nous a dit que c’était un Palais de marbre et d’or où habite la Reine Dauphin … Et il y a beaucoup de gardes qui surveillent, armés de lances transparentes … Et on ne les voit pas, les gardes, ils n’interviennent qu’en cas de danger.

– La Reine est bien protégée, alors ?

– Oui Maman, et le Roi ne veut pas qu’on sache où est leur Palais … Non, il ne le dit à personne, Maman. »

 

Je les écoutais et leur histoire se prolongea jusqu’à ce que L’Aimée et moi leur proposâmes d’aller se coucher. Ce fut une belle journée de dimanche et le bonheur de mon épouse est mon bonheur ; d’où advint simplement ce poème. Il évoquait nos jours nouveaux.

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