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Vue sur la montagne brumeuse

PUBLICATIONS LXXIV

Poèmes

Retraite de la piscine rose

JEAN-MICHEL TARTAYRE

 

 

 

 

LES POÈMES D’ART JUNGLE

Nos Jours nouveaux

 

 

 

 

Poésie

 

 

 

 

 

 

I

 

L’expression va de soi. J’écris. Je chante. Je vis. Le bonheur est simple. Mais il m’oblige, nécessairement. Je veux être simple. Et que veux-je dire par ce terme : simplicité ? Selon le regard que je posai quelque jour sur l’idée dont il est le signe, il s’imposa avec clarté tel l’ordre. Mon regard n’était pas un regard de défi ; au moins ce fut un regard qui questionne, au plus ce fut un regard de gratitude. La réponse dans tous les cas s’avéra significative de la notion de simplicité : « C’est non. » Par conséquent je regarde toujours droit devant moi et ne me questionne plus. J’écris. Je chante. Je vis. J’engageai. Les valeurs sont actuelles, je les sers chaque jour, chaque instant. Les valeurs s’inscrivent dans l’ordre de raison, celui de l’humanité. Je suis très satisfait de ma condition d’être humain. À cet égard, je bénéficie des droits et devoirs propres au bonheur. Outre la dimension juridique dont ces deux instances relèvent, demeure la volonté d’être heureux. Il ne tient quà moi en effet d’exister à titre de personne engagée au service de l’ordre de Raison et de ses valeurs, savoir Liberté, Égalité, Fraternité. Au-delà de moi, la personne m’invita à partager ses peines, ses joies. Je ne suis pas seul, non.  Et la personne m’invita de fait à l’abnégation. Je crois en la vie et j’entends la protéger, la défendre. Je l’écris. Je la chante. Je la respecte. Auprès de mes sœurs et frères d’armes j’engageai. La poétesse me parla dès lors. D’une plume de colombe saisie dans l’enfance sur le rivage du Grand Fleuve je suivis les rythmes dont la poétesse près le Chœur des Muses est l’inspiratrice. J’acte des notes florales cristallisant sous la forme du poème et revendique la merveille car, depuis l’enfance, je m’en tiens à la parole de nos ancêtres, avec le suprême respect qui lui est dû. Jamais je ne trahirai leur parole. Jamais je ne trahirai mes sœurs et frères d’armes. J’exprime en l’occurrence la marche qui nous engage à agir avec honnêteté. Par opposition à l’errance, la marche est le procès que nous réalisons sans inquiétude, une avancée par conséquent sous l’égide de Nature. Nous nous tenons sur le seuil de nous-mêmes, regard droit devant, fidèles au principe de réalité. Cette marche s’appelle le bonheur simple.

 

 

II

 

Il m’apparaît que le bonheur simple s’inscrit dans l’ordre des choses et tout va bien. Il ne m’appartient pas ce bonheur simple, c’est le don des fées. Je suis heureux parce que l’aimée et son cortège de fées le souhaitent. L’aimée, siégeant près le Chœur des Muses, me désigna sur le seuil. Je me tiens par conséquent devant la porte du Palais Merveilleux d’où l’aimée m’écrit. Et l’aimée est la poétesse. On m’invita, je rejoignis. Auprès de mes sœurs et frères d’armes le bonheur est le même que le bonheur dont je bénéficie sur le seuil. C’est un ordre, j’obéis. Je ne suis pas seul. Je disparais à la merveille de ma fonction, la fonction du veilleur. Je suis averti depuis toujours du danger des passions et me situe contre afin de protéger le collectif, soit notre entente fondant la cohésion du groupe, des unités. Je loge avec l’aimée et nos enfants entre de hauts murs, ceux de l’Institution qui nous engage. On me forma selon un rythme intensif dès lors que nous habitâmes en ces lieux de la Défense Française, nos enfants, l’aimée et moi-même. Je suis devenu un excellent rameur au dire de mes supérieurs. L’aviron s’est ajouté à mes disciplines sportives. Outre que je poursuis mes formations et missions avec une extrême rigueur, j’ai le statut de père. En l’occurrence, ce statut augmente la nécessité de ma place sur le seuil. Suprême est mon degré de vigilance. Ainsi, je disparais au profit du bonheur nôtre, le bonheur conjugal et le bonheur professionnel. À titre de père, je veille au maintien absolu de l’harmonie entre nos enfants, l’aimée et moi-même. À titre de professionnel, je maintiens la cohésion du groupe, des unités, en demeurant à ma place de marin engagé auprès de mes sœurs et frères d’armes et fidèle au plus haut degré au serment nôtre : « Force et Honneur ». Je pilote, je lis, j’enquête, j’écris, je veille au bonheur de l’aimée et de nos enfants. Le regard que je pose sur les rythmes nouveaux de mon existence est réaliste. Non, je n’ai pas changé. Je ne change pas. Mes droits et devoirs d’époux, de père et de guerrier s’organisent autour de la constante gaie. Je Nous veux libres dans l’ordre de Raison. Il ne s’agit donc pas de troubles – nous les ignorons – mais bien au contraire de notre appartenance à la merveille, réelle, intraitable, de notre bonheur simple.

 

 

III

 

Outre la vie professionnelle, il y a la vie conjugale. J’apprends auprès de mon épouse et de nos enfants la nécessité d’être dans tous les actes du quotidien. Oui ma dame et moi nous marièrent. Et la fête fut belle et applaudit par nos sœurs et frères d’armes. Et ma dame devint mon épouse bien aimée. Elle est devenue la mère de nos enfants. Je veille sur eux, toujours vigilant à l’égard de moi-même et ce au profit de leur bonheur. Ma conduite se veut intacte dans l’ordre de Raison. L’événement de la naissance de nos enfants forgea mon sentiment de paternité et, par là même, ma responsabilité haute. Notre bonheur familial tient à mon obéissance, j’écoute l’aimée scrupuleusement, je protège nos enfants et l’aimée, je suis fidèle au Code d’Honneur qui me lie à mes sœurs et frères d’armes. Je suis père. Je sers la Nation et les valeurs sacrées de nos Pères. J’engageai. Je prononçai le serment des serviteurs de la République Française. Je reçois avec une immense gratitude le don que la vie me fit d’aimer et d’être aimé dans le respect de la personne, ce respect fondamental qui régit mes actes au quotidien. Le bonheur simple que je partage avec l’aimée et nos enfants, avec mes sœurs et frères d’armes, relève de ce respect fondamental, car la personne est sacrée. Tôt j’en fus averti et ce respect m’obligea dès l’enfance. Par conséquent, je me protégeai et me cultivai aux notions essentielles, celles du Droit et de la Justice. La pratique sportive fait partie intégrante de ma culture. J’hérite de la philosophie de mes ancêtres, des coutumes propres aux habitants de mon village, à savoir la pêche, la chasse, l’élevage et la culture du sol. Je suis un homme de la terre et du Grand Fleuve. Tôt j’appris à respecter la terre et le Grand Fleuve. Je sus les techniques de pêche et de la navigation. Aujourd’hui, mon expérience sert mes sœurs et frères d’armes, elle leur est vouée. L’aimée ajoute à mon statut sa grâce et notre bonheur conjugal auprès de nos enfants. Mon état de père m’apparaît comme une phase nouvelle de l’accomplissement affectif où je suis depuis notre première rencontre, même si le sentiment d’un tel accomplissement commence de fait dès mon entrée dans les rangs de l’armée française. Car ma dame est aussi et d’abord ma sœur d’armes. Elle est devenue mon épouse, la mère de nos enfants, L’Amie et L’Aimée. Notre bonheur s’entretient au jour le jour. Je suis le gardien et le veilleur de la merveille qu’elle inspire chaque instant à nos enfants et moi. Car l’aimée est la poétesse siégeant près le Chœur des Muses et notre icône. Je défends la merveille de notre foyer avec la même vigilance que celle qui m’est ordonnée au quotidien par ma hiérarchie. Et notre bonheur simple tient à cette attitude que l’aimée et nos enfants m’imposent naturellement en faveur de la pleine et entière sûreté : l’attitude humble du guerrier.

 

 

IV

 

Je me sens bien. L’écriture m’est un recours à certains moments de la semaine pour disparaître au profit du poème où nous vivons mon épouse, nos enfants et moi. Écrire afin de me sentir véritable serviteur de la famille nôtre, incluant par ce dernier terme mes sœurs et frères d’armes. Le poème s’inscrit lui-même dans une rythmique du quotidien. Il peut s’écrire mais il ne m’appartient pas. Le Chœur des Muses décide toujours et c’est L’Aimée qui m’y invite :

 

« Tu vas écrire aujourd’hui, Art ? »

 

Au-delà de l’écriture du poème, il y a le poème de l’existence nôtre, je veux dire l’harmonie de la vie conjugale et de la vie professionnelle au quotidien. À cet égard, le Capitaine B. me disait dernièrement :

 

« Vous savez, Jungle, s’agissant de la poésie, elle fait partie de ma vie. Je l’entends en termes d’actes vertueux réalisés au service des miens et de notre Institution. La poésie est d’abord pour moi un mode de vie. Et certes j’écris dans le cadre d’un genre littéraire différent mais non sans y inclure la dimension poétique à laquelle cette écriture, narrative en l’occurrence – puisque, vous l’avez compris, le genre en question est le roman – à laquelle cette écriture, dis-je, m’invite. Je ne discute pas autour de la dimension poétique, Jungle, je l’évoque, car elle est nécessairement. Artisans et artistes emploient d’un commun accord l’expression « je-ne-sais-quoi » pour l’évoquer précisément. Oui, étant donné que l’inspiration ne va pas sans elle, sans ce « je-ne-sais-quoi ». Vous avez sûrement vous-même Jungle votre Muse. Je me souviens de votre mariage avec émotion et je vous sais heureux. Eh bien voilà, j’ai moi aussi ma Muse, mon épouse en l’occurrence et j’écris pour elle et toujours en son honneur. Mon énergie à servir sous le drapeau France, à servir le Poème Nôtre, Jungle, au jour le jour, à chaque instant, est due à la dame qui partage mon existence. Je suis son serviteur comme je suis le serviteur de la Patrie Nôtre. Je sais que vous êtes vous-mêmes, Lieutenant, un volontaire de premier ordre et que tôt vous engagiez. L’expérience montre que le Poème Nôtre dont je parle dépend de la volonté de chacun de l’écrire. Par le verbe écrire, j’entends servir. Il s’agit d’exister pour défendre les valeurs humaines et de demeurer signe dudit Poème, pierre. Agir, ce n’est pas se piquer de mots, c’est défendre la Femme et l’Enfant. Par conséquent, le poème écrit à l’aide d’une plume ne peut se concevoir sans ladite expérience, sans notre marche pour être plus précis. »

 

 

V

 

Je suis père. Ce statut est suprême à mes yeux et aux yeux de l’Institution que je sers. Il implique nécessairement une très grande humilité, car L’Aimée est reine en notre logis. Je me plonge régulièrement dans des ouvrages de Droit et de Mécanique qui entretiennent mes connaissances et compétences de marin engagé. Aujourd’hui, tandis que je lisais dans notre séjour la revue spécialisée de la Marine Nationale, L’Amie et L’Aimée me suggéra d’aller en mer à bord de notre voilier :

 

« Les enfants me l’ont demandé, Art. »

 

Nous avons par conséquent passé la journée dans une crique au Nord-Est de K. Il a fait beau, une légère brise atténuait la chaleur du Soleil. Nous avons pêché depuis les rochers, nous nous sommes baignés dans l’eau transparente grâce à quoi l’on peut voir aisément les fonds multicolores de corail, de végétaux où se promènent et flânent les bancs nombreux des poissons exotiques. Les beaux souvenirs restent, par suite nous prîmes plusieurs photographies. Nos enfants riaient aux vols des exocets au-dessus de la surface, dont le cortège lumineux accompagnait la danse des dauphins. Et nos enfants parlèrent avec les dauphins. Ils nous rapportèrent en fin de journée, dès que nous eûmes accosté au port de plaisance de K., les histoires que leur avait contées le Roi Dauphin. L’ensemble de leurs récits composaient de fait une épopée merveilleuse et L’Aimée, mon épouse, les écoutait avec une gravité extraordinaire dire les lointains turquoises et les forêts sous-marines ornées de gemmes que le Roi Dauphin célébra. L’Aimée les interrogeait, nos enfants explicitaient :

 

« – Et le Roi Dapuhin, demanda-t-elle, habite un Palais, donc ?

– Oui, répondirent nos enfants simultanément puis, l’un après l’autre, il nous a dit que c’était un Palais de marbre et d’or où habite la Reine Dauphin … Et il y a beaucoup de gardes qui surveillent, armés de lances transparentes … Et on ne les voit pas, les gardes, ils n’interviennent qu’en cas de danger.

– La Reine est bien protégée, alors ?

– Oui Maman, et le Roi ne veut pas qu’on sache où est leur Palais … Non, il ne le dit à personne, Maman. »

 

Je les écoutais et leur histoire se prolongea jusqu’à ce que L’Aimée et moi leur proposâmes d’aller se coucher. Ce fut une belle journée de dimanche et le bonheur de mon épouse est mon bonheur ; d’où advint simplement ce poème. Il évoquait nos jours nouveaux.

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JEAN-MICHEL TARTAYRE

 

 

 

 

LES POÈMES D’ART JUNGLE

Nos Jours nouveaux (II)

 

 

 

 

Poésie

 

 

 

 

 

I

 

J’écris en musique, toujours et dès lors je disparais pour mon plus grand bonheur. La plume suit les rythmes qu’on lui céda près le Chœur des Muses. Aujourd’hui mue à l’idée du chant nouveau auquel je songeai tôt ce matin en démarrant la frégate à bord de quoi l’équipage dont je fais partie s’affaire autour de plusieurs manœuvres de défense contre l’illégalité, la plume s’envola pour revenir dans le cadre des instants d’énonciation où la merveille s’écrit. Je songeai à mon épouse, à nos enfants, qui m’attendent déjà. Nos petits savent aussi bien que moi que le travail nous forge et nous apprend. Ils aiment l’école et L’Aimée, mon épouse, est fière d’eux. Ils ne sont jamais seuls. Leur école relève du Secteur 3, où mon épouse et moi habitons, travaillons. Mon épouse est près d’eux et sa vigilance est digne d’Hestia, car mon épouse est L’Aimée et L’Assise de notre famille. À cette heure où j’écris, au large, dans la cabine qui me fut assignée, nous sommes en début de soirée. La page ressemble à une figure lumineuse, imprégnée du souvenir et du regret que j’éprouve à l’égard de L’Aimée et de nos enfants. Les appellerai-je ? Je ne sais. Ne pas se montrer possessif, être soi, c’est-à-dire une personne consciente d’être sous les ordres, auprès de ses sœurs et frères d’armes. Mon épouse est avant tout ma sœur d’armes. Elle sait. Il ne tient qu’à moi de vouloir servir. Et servir veut dire demeurer au service de ma vie conjugale autant qu’au service de ma vie professionnelle. Nous protéger est l’objectif qui fait instance :

 

« Prends soin de toi, Art. », me dit L’Aimée.

 

La distance est la clef de voûte de nos amours. Nous sommes voués elle, nos amours et moi à Raison. Même loin, je suis près des miens. L’écriture du poème et le téléphone sont indéniablement nos facteurs de proximité. Le Capitaine B. me confiait tout à l’heure au mess :

 

« J’appelle ma femme, oui Jungle. Dans tous les cas, elle sait, je sais, que nous nous reverrons. Je n’attends pas que la distance devienne un motif de désordre émotionnel. On s’appelle, on s’écrit. Nos enfants sont maintenant adultes. Je n’ai plus la même inquiétude que lorsqu’ils étaient petits. Je vous comprends, Jungle. N’ayez aucune crainte. Vous savez qu’ils sont à l’abri, nécessairement, sous l’égide de notre institution France. Je me suis toujours dit, quant à moi, que le devoir m’incombe d’être, avec mon épouse et auprès de mon épouse, le deuxième pilier de notre ménage. Mon abnégation sert ma responsabilité de Capitaine et, par suite, constitue le socle fondamental de ma famille. Il n’y a pas d’éloignement Jungle, non, jamais. Existe exclusivement Raison Nôtre, qui nous lie dans l’absolu respect de la personne et tout est bien. Appelez. »

 

 

II

 

L’Aimée nous éveille gravement nos enfants et moi. Nous sommes à l’aurore. La journée débute et c’est champ des merveilles. Notre bonheur conjugal et familial tient à L’Aimée et au respect que je lui dois. Et certes je n’écris pas pour écrire, non, j’écris sur ordre de Raison afin qu’un tel respect soit entretenu, car écrire est ma disparition au profit de l’entente cruciale de notre famille. Je m’accorde à cet égard un temps dans la semaine où il m’est loisible de composer. L’inspiration d’abord ne m’appartient pas dans la mesure où elle est le fait exclusif des Muses et, lorsqu’elle m’est accordée, je m’en remets aux rythmes dont la plume est destinataire privilégiée. L’inspiration ensuite peut naître d’un regard que je pose sur L’Aimée, sur nos enfants, sur l’existence ; s’ensuivent l’idée, les mots, à destination du Chœur des Muses. Dès lors, la plume que l’on convoqua en quelque lieu de la Montagne-qui-parle s’envole puis me revient cristallisant les rythmes confiés. L’inspiration enfin transmue l’idée, les mots, en trésor. Par conséquent, le trésor ne m’appartient pas car il est le fait exclusif des Muses, le juste traitement de l’information. Souvent, la voix de L’Aimée je ne l’entends qu’en termes d’inspiration oratoire propre à la poétesse et sa voix s’harmonise aux voix de nos enfants et les dirige tel le chef d’orchestre. Établie près le Chœur des Muses, elle enrichit l’ordonnance de notre poème familial grâce à sa seule présence et sa puissance n’a d’égal que le Chant de Magna Mater. J’évoque en l’occurrence le lyrisme céleste rythmant notre quotidien. Le mot est note de musique. Le phonème sert la voie du Poème. La voix de L’Aimée dicte notre marche quotidienne et jamais je ne choisirai de m’échouer, non, car l’instant sert l’expérience vertueuse. Le Capitaine B. me disait hier dans une pizzeria cotée du port de L. où nous dégustions la pizza royale :

 

« Oui, Jungle, j’admire ma femme. Elle est là, toujours près de moi, dans mon cœur, dans tous les actes de ma vie. Bien sûr, elle a son métier et vous savez quelles sont les exigences de notre Institution. Lorsque nous nous retrouvons, c’est toujours pour moi un bonheur incommensurable, vous savez Jungle, ce bonheur que l’on tait. Nous vivons, elle et moi, un bonheur simple. Nous nous écrivons quand les obligations du métier nous éloignent durant plusieurs jours, plusieurs semaines, plusieurs mois. Dans tous les cas, nous nous retrouvons, oui, avec le plus grand bonheur. À titre d’instructrice, elle m’initia aux techniques de l’enquête de terrain. Grâce à elle, j’ai pu enrichir mes connaissances et me réaliser dans la Voie Nôtre, Lieutenant. Écoutez votre épouse, protégez votre famille sans inquiétude. Notre marche nous inscrit sœurs et frères d’armes. Elle est constante heureuse. »

 

 

III

 

Le droit d’écrire, qu’il m’est accordé par le Chœur des Muses de pratiquer, est un moment précieux dans l’existence. Ce moment peut être rare ou il peut être quotidien. L’acte se réalise à la faveur des rythmes dont la plume est investie. Je me tiens dès lors à distance d’un tel procès afin que s’opère sans heurt la séquence prosodique et, confiant, je participe ainsi de l’expression de soi. Ne craignant que l’instance sise au Palais, je disparais bientôt pour évoquer le bonheur à la source duquel sont L’Aimée – mon épouse – et nos enfants. Face au désordre qui pourrait survenir dans ma vie psychique par le fait d’un excès d’émotions à l’idée de parler du sentiment amoureux, j’adopte la posture réaliste, cette posture qui ne consiste pas à se poser des questions d’ordre irrationnel mais, bien au contraire, à accepter sa propre condition, la condition d’être humain en l’occurrence. Je suis heureux à la pensée de notre amour familial comme je suis heureux d’accomplir mon métier au service de la personne et auprès de mes sœurs et frères d’armes. Jamais, à cet égard, je ne me plaindrai ou n’oserai me plaindre de ma condition : je n’en ai pas le droit. La condition d’être humain m’est donnée. Au nom de Nous, de fait, je disparais et n’entend que le service assigné à ma personne pour Nous défendre. Le droit d’écrire, qu’il m’est accordé par le Chœur des Muses de pratiquer, je peux le concevoir à l’image de l’étai applicable au caractère, à mon propre caractère, plus précisément comme l’infrangible soutien de mon intégrité. Je ne me regarde ni ne m’écoute écrire. Écrire prémunit contre les dangers de l’errance, de même que lire un beau texte ; ce que je n’hésite jamais à faire car tôt j’eus le goût de la lecture, la lecture de la sagesse de nos Anciens. En aucun cas, je ne suis gêné par l’effort inutile, écrire est une dynamique positive, ce mouvement de la pensée dont la plume traduit les rythmes pour le Bien exclusif. Le Chœur des Muses l’ordonna. Écrire est acte bienveillant dont la plume trace chacun des signes. Au-delà, écrire s’avère notre marche au quotidien dont la personne et ses valeurs morales fondent la progression. Je ne peux en vouloir par conséquent à personne. Ma volonté est méliorative. Tôt, je souhaitai m’inscrire pour cette raison dans le cadre de l’indéniable phénomène exponentiel du Bien grâce à quoi l’abnégation nous est cessaire. J’aime la vie. Je la défends. J’engageai.

 

 

IV

 

Mer calme. Beau fixe. Un après coup, période qui succède à une série d’importants travaux que fondent plusieurs enquêtes et de surveillance au large. Garder ma concentration est indispensable en cette phase de retour vers K. où nous sommes les membres de l’Unité et moi. Notre départ date de six mois, nous rentrons. Toutes et tous maintenons le degré de vigilance requis pour garder le cap, la direction juste sur le vaste océan. Je regarde autour de moi dans la cabine de pilotage, l’équipe est sur le qui-vive, chacune et chacun l’œil rivé sur son écran de contrôle. À mes côtés, le Capitaine L., scrute l’horizon après avoir vérifié les indicateurs numériques de la table des commandes que je programmai. Il me dit :

 

« Ne relâchez pas votre attention, Jungle. C’est peut-être là le moment le plus difficile que nous traversons. Tout paraît si calme, n’est-ce pas ? Et le calme appelle le calme, mais surtout ne rêvons pas. Le risque serait de se forcer à garder les rythmiques précédant celle-ci. Nature nous offre en l’occurrence l’adagio après maints prestos, sachons l’interpréter, Jungle. C’est un jour nouveau, une euphonie nouvelle à saisir dans la complétude de sa partition, notre trajectoire ne change pas. »

 

Jusqu’à présent, en effet, il s’agissait pour nous d’alterner les postes de vigie et l’étude des fonds marins à raison d’une plongée quotidienne en binôme. Nous accostâmes les quais des grandes cités américaines et européennes. Il y eut la tempête et le gros temps, il y eut les raisons graves et l’obligation, il y eut toujours la fraternité. Je n’éprouve pas de fatigue, je tiens à Nous, grâce à Nous. J’ai la grande responsabilité de conduire le bateau et de faire arriver l’équipage à bon port.

 

« … mais surtout ne rêvons pas … »

 

Les mots du Capitaine L. étayent ma concentration. Dans quatre heures, nous serons à K. Je vais revoir mon épouse et nos enfants. Cette phase de tranquillité apparente du climat n’est ni un leurre, ni une menace, c’est une invitation à redoubler de vigilance à l’égard de soi. Le Capitaine L. évoqua l’adagio et sa mesure nouvelle, je lui en sais gré car il me maintient par ses mots loin des rivages d’euphorie et de dépression.

 

« … une euphonie nouvelle à saisir … »

 

J’aime nos enfants, j’aime L’Aimée, mon épouse. Ce sentiment de la merveille à venir – ô les revoir ! – cristallise en moi comme de raison dans l’euphonie prônée par le Capitaine L. Le jugement du Capitaine L. est toujours exact, point d’excès.

 

« … Et le calme appelle le calme … »

 

Ainsi parle ce guerrier émérite, que toutes et tous considérons comme un héros, à juste titre. Ma vision se doit d’être impérativement à la mesure de ses ordres, claire et contre la tentation d’errance. Mes données sont exactes, il les vérifia.

 

« … notre trajectoire ne change pas. »

 

 

V

 

Avant d’écrire, je ne sais quels sont les rythmes qui vont m’être proposé. Il est certes un leitmotiv, mais le poème, à titre d’unité autonome, capte la mesure du jour nouveau, laquelle mesure, inscrite dans la durée dudit leitmotiv, peut être très différente des mesures la précédant. L’expérience me montre que tel projet d’écriture s’organise autour du choix d’un sujet, d’un genre. La question qui se pose à moi d’abord est : « De quoi vais-je parler ? », ensuite : « Quel type de texte adopterai-je ? » Je ne me force jamais à écrire. Il s’agit d’un mouvement naturel. Aujourd’hui, lendemain de six mois de mission, je suis heureux d’être auprès de mon épouse et de nos enfants. Nous nous sommes promenés sur la plage, la journée fut belle comme l’existence est belle. Il est 9 PM, nos enfants sont couchés. Mon épouse et moi regardons la télé, précisément un documentaire relatif à l’histoire de l’automobile. Des idées me sont venues, j’écris ces quelques mots assis sur notre canapé en utilisant plusieurs pages et la plume suit les mouvements de l’inspiration actuelle, des mouvements qui favorisent l’expression de soi d’après mes beaux souvenirs, la présence considérable de l’épouse près de moi, à savoir la poétesse siégeant près le Chœur des Muses et, par conséquent, la Muse qui m’inspira et m’inspire tant d’écrits. Je lui suis redevable du bonheur que nous partageons et qui garantit la bonne éducation de nos enfants – car elle est L’Aimée, la dame de grande vertu, ma sœur d’armes qui instaura dès l’abord la distance suffisante entre nous, l’ordre de Raison. Je la défends et je l’admire, versus. Il convient que je m’efface pour l’entendre clairement dire, personne dans notre foyer ne souhaite que je m’oppose à ses idées, ni nos enfants, ni elle, ni moi. Je l’aime dans mes départs, je l’aime dans mes retours et nos enfants sont nos amours. Sa personne est l’orchestration manifeste du bonheur nôtre. Je l’écoute et je la crains. Son regard m’oblige, je ne dois pas faillir. Toute résistance de ma part serait vaine et je deviendrai homme vain, ce que je ne veux pas. Tandis que le reportage télévisé prend fin maintenant, elle me dit après m’avoir embrassé :

 

« Je vais me coucher, Art. »

 

L’idée de la rejoindre se conjugue avec l’idée de m’endormir à ses côtés, honnêtement. Je continue de suivre les rythmes de la plume au moment de la page de publicité. Chaque phonème est une note florale et musicale qui s’associe aux autres phonèmes sous la forme d’un bouquet harmonieux, cette composition dont l’absolu de parfum que porte L’Aimée s’avère la source, prégnance demeurant dans le sillage de sa chevelure dès l’envol.

 

 

VI

 

L’écriture, par plaisir. L’idée me venant toujours de la célébration que le jour nouveau m’offre, à le contempler aux côtés de mon épouse quand il se lève. Je rejoins dès lors. Le travail commence après les rêves de la douce nuit. Il m’arrive parfois, avant que nous allions réveiller nos enfants, mon épouse et moi, de suivre les rythmes dont la plume est dépositaire à écouter ma dame dire les premiers vocables de l’Aurore. J’évoque le cadre de la confidence que la plume transcrit.

 

« As-tu bien dormi, Art ? »

 

La question en l’occurrence n’en est pas une, c’est une ouverture musicale sur la merveille. Le bel appartement est empli des fragrances de la rosa Kazanlik et du jasmin et les vocables de L’Aimée ajoutent à leur présence, moment où cristallise le chant nouveau du jour. Il s’ensuit pour moi le réel plaisir d’écrire en me tenant avec fermeté sur le seuil de ce phénomène, le phénomène merveilleux. Ma disparition, à ce titre, est un bienfait car je ne m’implique nullement, fidèle aux obligations du poste que le Chœur des Muses m’assigna, le poste de veilleur. J’écoute et j’entends la voix de L’Aimée, n’imaginant rien, n’intellectualisant pas.

 

« Avec l’expérience, mon corps est devenu rempart, me disait avant-hier le Sergent T., instructeur. Je sers et défends la Nation Nôtre dans l’esprit de ses valeurs, celui de l’homme libre. Je parle d’expérience justement, savoir en termes de succession d’épreuves vécues depuis mon enfance. Par le mot épreuve je ne veux pas dire douleur mais travail, éducation, cher prise, par suite potentiel. La pratique sportive m’a toujours servi, sur l’eau, sur terre, dans les airs. Je suis né dans une famille de pêcheurs, comme vous Lieutenant, et je me suis d’abord construit sur l’eau en affrontant la vague, jusqu’à pouvoir surfer la Géante, a onda maligna do inverno. La Géante est intrinsèquement liée à ma jeunesse. Elle m’a bâti à proportion de nos rencontres nombreuses. Je reviens toujours dans mon village près de la falaise, dès que j’en reçois l’autorisation, pour me défier de la surfer. Ma compagne, elle -même surfeuse, ne m’a jamais interdit de faire ce qui me plaît. Elle respecta mon choix lorsque j’engageai. Elle me suivit. Nous nous aimons, dois blocos de pedra. Je sers la Nation Nôtre comme je sers ma dame et forgé par la puissance de la Géante. »

 

 

VII

 

Aujourd’hui, j’eus l’heureuse surprise en rentrant du travail de voir le nouveau pensionnaire de notre foyer, un chaton. Mon épouse et nos enfants l’ont adopté, aussitôt vu.

 

« Ils me le demandaient depuis longtemps. Alors, au retour de l’école nous sommes allés à la Société Protectrice des Animaux. Il a été bien nourri, soigné. Nous sommes heureux, Art, de le recevoir chez nous. »

 

Je me suis rendu à la cuisine et j’ai rempli d’eau la gamelle que mon épouse avait achetée avec la litière. Puis, je suis parti au supermarché qui jouxte la caserne pour acheter des croquettes à notre invité ainsi qu’un pavé de rumsteck et un kilo de pommes de terre pour notre repas familial du soir. Nous avons passé une partie de la soirée à jouer avec ce jeune félin, mon épouse ayant proposé de le distraire avec une pelote de laine. Les enfants riaient, mon épouse et moi aussi.

 

« Regarde, il sort ses griffes, Art. »

 

La soirée se termina devant la télévision, après que les enfants furent couchés, en compagnie du chaton dormant quant à lui dans sa nouvelle litière. Mon épouse avait souhaité regarder le match de handball féminin et l’équipe de France menait au score. Je pris la décision de prendre mon bloc-notes pour écrire. Voici, j’écris. Est-ce un poème ? Je ne sais. Mais tout est poésie auprès de mon amour. Je la regarde, versus. Telle la caryatide, son attitude est noble, musicale, organisant les rythmes de mon existence. Elle transmua définitivement notre logis en temple athénien. Elle regarde la télévision comme la caryatide regarde du haut de l’Érechthéion. Les Françaises viennent de marquer un nouveau but. Elles mènent de dix points. Mon épouse dit :

 

« C’est bien. »

 

Je retourne à ma page, tandis que la plume s’anime des rythmes nouveaux de la soirée, comme si la présence de L’Aimée, mon épouse, y suffisait et, en effet, elle y suffit. Ajouté à sa présence l’ordre qu’elle représente, ainsi de la caryatide, il m’incombe de me tenir sur le seuil. Je sais que la plume est dans la confidence du Chœur des Muses, près lequel siège la poétesse, mon épouse ; moi-même tu à la faveur de la merveille existante, conçue, prononcée, cette déclaration de notre amour qu’enfin celle qui jadis me reçut dans sa loge d’artiste – et devint en secret ma dame – complète par le vocable suivant, après l’avoir lue :

 

« Ratifiée. »

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