

PUBLICATIONS LXXVI
Poèmes

JEAN-MICHEL TARTAYRE
LES POÈMES D’ART JUNGLE
Mémoires du bord (II)
Poésie
LA MUSIQUE
Je déteste me faire peur – donc je m’ignore.
La vie est trop précieuse pour se faire mal.
Le calme résout la passion et c’est normal,
Surtout quand on en a conscience – ainsi j’abhorre
L’excès narcissique qui me lance : « Pérore ! »
Non. Je me souviens, nous dansions le jour du bal
Mon épouse et moi – tel beau climat musical –
Je me tus et elle me dit : « Là, je t’adore. »
La musique est l’art de transmuer le banal
En sublime, degré qui donne le moral
Au point que la personnalité s’améliore
Et que l’homme devant la Femme de Santal
Ne voit qu’Elle – alors hissée sur un piédestal,
L’obligeant à haïr l’ego qui détériore.
ÉCRITURE
Écriture ou ma pratique devant s’entendre
Contre moi-même. Je suis mon pire ennemi
Et, par suite, je ne me hais pas qu’à demi,
Étant donné que chaque instant m’aide à apprendre.
Ignorant mes doutes, non je ne veux m’étendre
Sur aucun d’eux car l’instant est le vrai ami
De Fortune, dont je crains – telle la Fourmi
Dans la célèbre fable – tout ce qu’il peut rendre
En matière d’économie pour soi survivre
Ou bien – telle la Cigale, chantant pour vivre –
Toute l’inspiration qu’il peut nous confier.
Aussi l’écriture m’apparaît-elle action
De l’instant, à qui j’offre la moindre émotion
Et loi de Fortune, qu’on ne peut défier.
LES ALIZÉS
J’établis consciemment un ordre sur la page
D’après les sons qu’il m’est donné de bien saisir,
Lorsque l’idée du poème vient me ravir
À mon poste sis au seuil de maint paysage.
Ce jour, par exemple, durant notre voyage
Vers les lointains, à bord il me fallut tenir
La bonne trajectoire mais j’eus l’heur d’ouïr
Les vents. – Or, leurs rythmes de mes vers sont le gage.
Mon poème je l’écris avant de dormir,
Dans ma cabine – où l’idée revient me ravir.
Ainsi, je dis la rythmique dont telle image
Autour de tels sons s’organisant en soupir
Me marqua ce jour. – Turquoise était le rivage
Et les alizés ne cessaient de l’embellir.
LA LOI DU BONHEUR SANS FIN
La pratique des syllabes souvent m’éloigne
Des soucis qui me guettent avant de sévir
Si je m’y attarde mais je veux les bannir
Grâce à l’inspiration dont chaque vers témoigne.
Outre que le sport est choix décisif qui soigne
De ces petits maux du quotidien, sans mentir
J’allie du sport et du vers pour ne pas subir
L’attaque d’inquiétudes. Je pare et empoigne.
Pêcher s’inscrit aussi dans mes activités
De parade contre l’orgueil ; tous les étés
Nous partons en famille ancrer dans plusieurs criques
À bord du voilier baptisé « Le Roi Dauphin »
Par les petits – et là nos amours romantiques
S’épanchent selon la loi du bonheur sans fin.
L’HYMNE
Je Nous rejoins sur ordre de l’amour honnête
Qui m’évoque le bloc social tels un aimant
Et de la Femme d’Or et de Gemmes l’amant.
Le poème est France. Amour me le mit en tête.
Ledit poème exprime en effet notre fête
À nous voir unis, de nos voix le saluant.
C’est au vrai L’Hymne. Il marche toujours droit devant
Sans s’inquiéter des piques, il vogue ou affrète.
Avec raison, les vocables lui appartiennent ;
Aujourd’hui en haute mer – et des chants adviennent,
Propres à l’épopée. Demain, ancré au port.
Je Nous rejoins, oui, sur ordre de l’équipage,
Car nos rythmes sont de l’honnêteté le gage.
Par suite, L’Hymne appareille ou défend un Fort.
POUR EUX ET POUR ELLE
Regard posé sur la proue et le paysage
Je n’ai d’autre objet que nous mener à bon port.
Le navire progresse dans la zone nord
À bon rythme et le climat n’est plus à l’orage.
Regard posé sur la boussole, j’envisage
La durée optimale pour que tous à bord
Puissions ce soir accoster et dormir au Fort.
J’ai confiance en moi, j’ai confiance en l’équipage.
Je pense à celle que je quittai avant-hier,
Ma femme, à nos enfants de qui je suis très fier.
J’ai un poème en tête pour eux et pour elle.
Parfois, je crois entendre leurs voix ou leurs rires
D’innocence – comme transmués par les lyres
Du Chœur des Muses en tel sonnet qui m’appelle.
VEILLE
Pas d’errance. J’ai un objectif : Réalisme.
L’opération dans laquelle au vrai je m’inscris
S’avère plutôt complexe, je la décris
En l’occurrence sous l’angle du stoïcisme.
C’est l’heure où nous ancrons près des rives de l’isthme,
Lieu de l’action principale. Nous avons pris
Une bonne avance sur les délais prescrits
Et patientons. Chez nous, nul ne voit dans un prisme.
Notre équipe est somme toute en état d’alerte,
Quand soudain de l’écran radar la graphie verte
Indique la présence du bateau suspect.
« À deux nautiques », prévient l’officier de veille.
Nous regagnons tous nos postes dans le respect
Des consignes. Là, je mets mon poème en veille.
AU LOIN
Ce sont des airs musicaux qui vont au voyage,
Notre Capitaine les diffusa ce jour
Puisque nous sommes sur le chemin du retour
Après des mois au loin, dont voici le collage.
Il y eut l’azur turquoise et l’or du rivage,
L’océan était de saphir sous chaque ajour
Que le Soleil proposait dans tout son amour.
Il y eut l’arc-en-ciel trônant après l’orage.
La dynamique du navire sans détour
Nous porta où l’on nous invitait, chaque jour.
Pour défendre la Liberté suivant l’usage.
Et du Pacifique nous fîmes le grand tour
Servant d’égide à Femme-au-Merveilleux-Visage,
Prégnante aux gens du peuple ainsi qu’aux gens de cour.
À FRANCE
Je n’ai aucun complexe et ne vois nul fantôme,
Ma vie est simple – je l’approuve telle quelle
Aux côtés de Madame, vertueuse et belle,
Aux côtés de nos enfants chéris – ma vie d’homme.
Revenu chez nous depuis peu, c’est un vrai baume
D’être à nouveau près d’elle, près d’eux, où se scelle
Le bonheur nôtre, outre celui qui m’interpelle
Dans les rangs. J’étais en mission Place Vendôme.
Comme je sers les miens je sers la Patrie Nôtre,
Fidèle à France avec pour exemple L’Apôtre
Et mon épouse est par-dessus tout ma sœur d’armes.
J’engageai. Ma vie, je ne l’entends qu’en ces termes.
J’engageai. Mes vœux sont à cet égard très fermes
Comme ma vie est simple et percevant nos larmes.
LA CONSTANTE
Moi, aux commandes du navire me rassure
À l’idée de la constante qui nous retient.
Naturellement la personne la détient
Cette idée – et Raison à chacune l’assure.
Constante donc nous situant de façon sûre
Au présent, où d’ailleurs la moindre action se tient,
Dans l’actualité du bord. Il nous appartient,
Gens de Bien, d’y souscrire – elle est, oui, sans cassure.
Elle est. Son nom est la Constante du Bonheur.
Je l’associe à l’Amour Nôtre, ainsi au Chœur,
L’Instance – où siègent exclusivement les Muses.
Mer, fleuve et rivière étant souvent les sujets
D’un poème, outre les canaux et leurs écluses,
Je dédie là mes vers au Chœur – ce soir forgés.
SUR MESURE
Chaque mot avant d’éclore est une bouture.
Au poème contenu par inspiration
Toujours la plume s’adresse avant son action,
Celle de répondre à l’appel de la voix sûre ;
La voix du Chœur que l’on nomme « Source d’eau pure »,
Dont les parfums, grâce à leur cristallisation,
Révèlent le poème et sa respiration.
Et la plume, par suite, en fixe la parure.
On dira : « C’est un bouquet devenu potion
Que je bois pour me guérir de toute passion. »
Quant au poète, nous connaissons sa posture.
Voué audit Chœur des Muses par tradition,
Il veille et respecte l’idéale motion
Actant la parole des Muses – sur mesure.


LE RETOUR
Les sens en éveil, considérant l’accalmie,
Je me concentre deux fois plus sur le sextant.
Le cadre où nous évoluons est inquiétant
Malgré les apparences – j’entends mon amie.
Comme si elle me disait : « Art, je t’oublie. »
Non, il s’agit d’une erreur. Mais c’est perturbant.
L’espace d’une seconde, j’y crus pourtant.
Oui, Raison constate en effet une lubie.
Les sens en éveil, donc, je passe et remédie
Désormais à ma peine par l’idée de vie.
Le tableau de commande indique « Droit devant ».
Tout va bien, ma vision est dès lors rétablie.
Depuis très longtemps notre frégate est partie,
Or le retour s’avère parfois fulgurant.
NOS FAÇONS
Je ne vois que le ciel et l’eau en harmonie,
Leurs rythmes idéaux m’inspirent des chansons
Tandis qu’ici, à bord, au retour nous pensons.
Car nous revenons ! Conscients de cette euphonie.
L’eau et le ciel refusent du sort l’avanie
Et proposent à l’équipage leurs beaux sons
Comparables à des voix, là où nous passons –
Voix de l’épouse et des enfants, sans atonie.
J’écris, dans ma cabine pleine d’hameçons,
Au moment de la pause thé avec glaçons,
L'agrément poétique – non point par manie
Mais par volonté de chérir, tels les maçons,
Ces rythmes éternels, que personne ne nie –
Dont nos femmes sont la Cause. Ainsi nos façons.
RÉGIME OPTIMAL
Nous démarrons. Le circuit devant moi lors s’ouvre.
La Fédération classa ce parcours sur l’eau
Dans la catégorie F1. Le temps est beau,
Le lac sous la lumière vive se découvre.
Toute bouée est un point majeur qui recouvre
La notion de seuil et définit un niveau
De vitesse à respecter pour chaque bateau ;
Un point du parcours, comme une porte que j’ouvre.
J’adopte le régime optimal chaque fois,
Aujourd’hui encore. En tête, nous sommes trois.
Nos moteurs ne polluent pas, c’est un jeu d’hélice
Qui se déclenche au bio-carburant le plus pur
Ou par recharge électrique et octroie la glisse ;
Car Nature nous est chère, autant qu’à Ben Hur.
L’OR ET LA PLAGE
Silence autour, mon bateau est à l’amarrage.
Dans la cabine, j’écris quelques vers rimés,
Des sons qui me viennent, au sens comme arrimés
Et pouvant évoquer quelque beau paysage.
La plume va au gré du motif du voyage,
Celui que je fis sur les mers aux sons mimés
Par lesdits vers empreints de leurs chants très rythmés
Dans chaque syllabe. Elle dit l’or et la plage.
Je reviens ainsi des endroits les moins filmés
Où l’on me commanda de joindre les nommés
H. et L. afin d’en ramener un package.
Nous trouvâmes les sacs car nous étions armés
De notre bon sens. Ils n’étaient pas abîmés.
Luxuriance et azur marquèrent mon passage.
L’OR ET LA PLAGE (2)
Depuis longtemps nous enquêtions sur cette affaire
De trésor perdu, cadre de tous mes départs
Et d’un port à l’autre, refusant les retards,
J’arrivais à l’heure – où l’on me disait quoi faire.
Je m’informais sérieusement, quitte à me taire
Pour mieux entendre le lieu, le nombre de parts.
J’interrogeais sur l’or et la plage à mes quarts
Tel témoin – en respectant mon destinataire.
J’eus à m’effacer souvent et à maints égards
Afin que, tue, l’opération fût sans hasards
Malencontreux. Rien n’était par suite à refaire.
H. et L. interpellèrent près des remparts.
Je gagnai la plage, y trouvant les quoteparts
Du vol. Nous les reversâmes au lapidaire.
DE PLEIN DROIT
Nous sommes au Nord-Ouest, à la saison des glaces.
L’océan nous reçut avec beaucoup de froid,
Outre qu’un épais brouillard sévit et s’accroît
Depuis deux jours. La neige recouvre les places.
Où nous nous tenons, dans cette cité des Grâces,
Appelée ainsi en raison de son beffroi
Dont l’épigramme loue des déesses l’octroi,
Nos pas s’impriment en blanc. Sinon, point de traces.
Aglaé, Euphrosyne, Thalie. Toutes trois
Nous protègent contre l’abjection ou l’effroi
Et nous arment de courage dans les impasses.
On nous commanda de veiller à tel endroit,
À tel autre, pour que la moindre des menaces
Ne surprenne et qu’Amour demeure de plein droit.
ÉCLAIRAGE
Écrire est apaisant, comme un appareillage
Depuis le même quai. Seul change l’objectif.
Aujourd’hui, dans ma cabine, il est décisif
Durant la pause de m’accorder une page.
Oui, écrire autour de deux moments du voyage.
Nous partîmes il y a six mois, le motif
En est la défense de nos côtes. Vers If,
Nous jetions l’ancre et je pensai au grand ouvrage
Signé Dumas. À Brest, aux abords sans récif,
Nous nous fixions plusieurs jours. Segalen, natif
De cette cité, m’offrit l’heur d’un paysage.
Quand le Capitaine, au retour, lors du débrief,
Me demanda : « Qu’en est-il de votre éclairage
Sur les lieux ? » Je répondis « Bon. Affirmatif ».
PRÉSENT
Parce que ma femme est ma Muse, je compose.
Ce jour, par exemple, où je me trouve bien loin
D’elle et de nos enfants, du poème j’ai soin.
Le poème raconte toujours quelque chose.
Oui, le poème, qu’il soit en vers ou en prose,
Me permet de ne pas rester seul dans mon coin
Mais de m’ouvrir davantage au monde, à tel point
Que sa grâce octroyée à l’amour me dispose.
Non pas d’amour pour moi-même, je n’en ai point.
Un amour qui à l’État de Raison s’adjoint
Puis me porte et naturellement me dépose
Auprès des miens. Le poème est donc ce recoin
Éclairé par la voie que la Raison m’enjoint
Et ce présent pareil au présent d’une rose.
BRUMES ET VENTS
On m’apprit à lire les vents et les nuages,
À respecter la personne, à ne m’aimer pas.
Je suis de l’ordre des gens qui marchent au pas
Quand il s’agit d’obéir aux paroles sages.
Ce soir tard sur le pont graves sont nos visages.
Nous saluons le drapeau après le repas
Puis chacun regagne son poste. Dans mon cas,
Il me fut demandé d’accoster vers les plages.
On mit le zodiac à l’eau. Je prends le compas
Et l’équipement de nuit, le tout sans fracas,
Entendez silencieux comme le sont les pages
Locales, et démarre. Pareil au choucas,
Je disparais vers les falaises de micas.
Brumes et vents sont facteurs de mes camouflages.
TEL DOSSIER
On n’agit jamais seul. Ce jour-là, dès l’aurore,
Étaient larguées les amarres. Notre bateau
Gagnait le grand large, nous hissions le drapeau,
Quand le Capitaine, que la Vertu honore,
Me convoqua. Il me fut demandé de clore
Tel dossier m’obligeant de descendre à nouveau
En urgence au prochain port : « Acte sous le sceau
Du secret, Lieutenant », précisa-t-il encore.
Aussitôt débarqué, je partis au château
Pour y rencontrer mon contact portant chapeau.
Or, ce contact répondait au nom d’Anne-Flore.
Journaliste, elle m’informa sur le réseau
Suspect et grâce à elle je trouvai l’amphore.
Hors de prix, l’objet fut rendu sans un défaut.
UN SOIR D’ÂME ESPAGNOLE
Écrire m’efface au profit de la parole.
Après l’action, il m’est loisible de noter.
Je veux m’asseoir pour dire, pour nous respecter
S’agissant de maintes missions où j’eus un rôle.
Le Capitaine m’avait affecté au pôle
Recherches. La Dame, dont je ne peux citer
Le nom, travaillait là. Je dus la contacter
Avant de la voir et avant qu’elle m’enrôle.
Elle me prit à l’essai d’abord, sans prêter
Attention à mes travaux. J’eus à enquêter
Cent fois sur terre et en mer, dans la métropole.
Je passai des tests nombreux qu’elle su acter
Avec précision. Quand, un soir d’âme espagnole,
Elle dansa sur scène jusqu’à m’enchanter.
CHAMPAGNE
De près ou de loin, mon épouse m’accompagne
Toujours dans mes pensées, ainsi que nos enfants.
Lors de mes détachements ou chez nous, mes chants
Leur sont consacrés – ô anges, ô ma compagne !
Mes sœurs et frères d’armes, qu’on soit en montagne,
Dans les airs, sur le fleuve ou sur les océans,
Sont le renfort – car ils sont esprits méritants –
De mes joies, même si la peur parfois nous gagne.
L’enthousiasme me ravit au vrai par élans
D’inspiration – fort loin ou de retour céans –
Et ses effets ressemblent à ceux du champagne.
Oui, le poème est tout cela. Au fil des ans,
J’observe qu’il transcrit l’essence des instants. –
Il est Nôtre, à la ville comme à la campagne.
AVEC SÛRETÉ
Je ne m’attarde jamais sur une ineptie.
Le devoir me retient d’être déconcentré.
Aux commandes du navire je suis ancré
Sur ordre et ne veux fauter par impéritie.
L’excès de narcissisme nuit, je m’en soucie.
« Cap au nord du Grand Fleuve », ainsi l’a décrété
Notre Commandant. J’agis avec sûreté,
Sollicitant les moteurs avec minutie.
Il pleut averse et il fait froid malgré l’été.
Les courants sont forts. « Art, quand seras-tu rentré ? »,
Me demandai-je, mais c’est bien là l’idiotie.
Donc je passai outre la question, recentré
Aussitôt sur la barre et le compas cintré.
Je touche enfin le but, non sans acrobatie.
L’HYMNE ET L’ÉPOPÉE
Nous sommes une écriture de la Défense
Française et des Droits de l’Homme ; le rythme sûr.
Nature est notre Dame, donnant le cœur pur
À chacune, à chacun. Ainsi, j’aime et je pense.
Mes sœurs et frères d’armes forment un corps dense
Sur quoi je m’appuie comme on s’appuie contre un mur,
À quoi je me fie comme on se fie à Ben Hur.
Chacune, chacun, est signe d’un chant intense.
L’Hymne et l’Épopée, datant de la Cité d’Ur,
Sont ce corps, ce chant. À les lire, on devient mûr
Très tôt. Et c’est tôt que, sans aucune dépense,
Je découvris, notés sur leur support azur,
Les motifs, les rythmes d’idéale fréquence.
Dans chaque salle rayonnait le clair-obscur.
SUR UNE ÎLE
Nous voguons au nord pour rejoindre la presqu’ile
Où nous attendent deux membres de l’Unité.
Il y eut interpellation de leur côté,
Pourtant le principal suspect est sur une île.
Nos coéquipiers une fois à bord, on file
Vers le sud : « On l’a reconnu en vérité
Ici, Capitaine. », déclare en aparté
L’un d’eux, son index posé sur l’écran tactile.
« 250 degrés Sud-ouest », m’a noté
Le Capitaine. Dont acte. J’ai orienté
La barre et accélère. La vitesse oscille
Entre 80 et 100 nautiques. L’été
S’avère calme, l’océan peu tourmenté.
Il nous faut moins d’une heure pour quadriller l’île.
LE CIRCUIT
Le cockpit où je me trouve m’offre une page
Que j’écrirai plus tard. L’heure est au championnat.
À piloter je me plais et livre un combat
Contre moi-même pour qu’il n’y ait dérapage.
Au fil des tours se présente tel paysage
À l’heure, la vitesse, toujours adéquat.
C’est une surface dont l’angle est souvent plat,
Où le ciel se reflète, un plan d’eau qui m’engage.
Des bouées près de quoi l’on vire sont éclat
Chromatique et servent de repère ou d’aplat
À nos regards exercés au sens d’une image.
Le circuit sollicite l’acuité du chat
Et n’attend pas du coureur qu’il se décourage.
Notre foi garde la formule en bon état.
L’ATTENTE
Je suis posté dans un lieu précis, c’est l’attente.
La lunette au vrai m’informe. On ne me voit pas.
Mon aspect végétal ne se distingue pas.
Faune et flore forment le cadre où je patiente.
J’accostai sur ordre et suivis longtemps la sente.
Autour de moi règnent les chants et les doux pas.
J’entends les dialogues de Nature au compas.
Les heures accompagnent mon âme consciente.
Ma respiration ne saurait servir d’appât.
Le calme s’impose à moi, je ne parle pas.
Au-dessous de ma position, dans la descente,
Se trouve l’objectif, juste après le clapas.
Or, une rivière coule au pied de la pente.
Dès l’échange suspect, reprend mon contre-pas.
UN BRANCHAGE
J’apprécie de rentrer chez nous, près de ma Dame
Et de nos petits. Nous nous retrouvons, heureux.
Il fait bon être dans son logis avec eux.
Ma famille fonde ma raison et mon âme.
Je reviens pour plusieurs semaines, à la rame,
À bord d’un canot du Régiment, après deux
Mois passés en forêt. « Montrez-vous courageux,
M’avait enjoint le Chef, et dénouez la trame. »
Deux mois de mission inscrite au Secret Défense.
J’observai, m’éloignant, me rapprochant, de l’anse
Où devait se faire l’échange du package.
J’eus de fait à saisir en toute indépendance
La moindre donnée suspecte de délinquance.
J'éclairai et fus de la forêt un branchage.

